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Sexe entre adultes et adolescents? Une pièce en débat

Dans «Mathilde», mis en scène par Françoise Courvoisier à Carouge, un mari et une femme s’affrontent sur le droit au désir versus le choix de la raison. Un questionnement courageux en ces temps d’étau moral resserré

Un adulte qui couche avec un adolescent. Le sujet est, ces temps, particulièrement brûlant. Dans Mathilde, à découvrir à Genève au Théâtre des Amis, une écrivaine retrouve son mari après avoir été condamnée à 3 mois de prison à la suite d'une liaison avec un mineur. Dans cette relation, il n’était pas question d’amour, précise Véronique Olmi, l’auteure de cette pièce écrite en 2001, mais de désir et de plaisir. Une précision qui ajoute encore à la provocation.

Françoise Courvoisier fait un choix courageux en montant ce texte aujourd’hui, alors que l’étau moral se resserre sérieusement, sinon dangereusement. La nouvelle directrice de la petite salle carougeoise est un peu moins heureuse concernant son interprétation du rôle-titre. Sa Mathilde est touchante, mais souvent trop maladroite et trop hésitante face à Christian Gregori qui compose avec sa force habituelle Pierre, le mari déstabilisé.

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Un acte illégal, point

«Le détournement de mineur est un acte illégal, ce qui en a découlé est pure logique», assène Pierre. «Mais puisque le désir n’est pas logique, comment peut-on logiquement enfermer quelqu’un pour son désir?», questionne Mathilde qui résume, ironique: «Chacun doit rester avec son double, sa moitié: vieillir ensemble et finir par se ressembler, confondre le mari et la femme avec le frère et la sœur… C’est plus sain?» «C’est dans l’ordre des choses», répond le mari. «Je ne suis pas ordonnée», conclut l’épouse rebelle.

Ces extraits du ping-pong verbal que se livre le couple durant une nuit racontent bien leurs positions antagoniques. D’un côté, Pierre, gynécologue respectable et respecté jusqu’au scandale, prône le contrôle des pulsions par la raison et la vie tranquille, faite de petites attentions. De l’autre côté, Mathilde a soif de sensations, d’imprévus et de désir sans entrave. Elle dit: «J’étais un animal domestique. J’étais morte.» Elle dit aussi: «La tendresse, c’est ce qu’on donne quand on n’a plus rien et moi je veux tout.» Echange intéressant qui pose la question du poids de la responsabilité et des carcans parfois étroits qui sont garants de la stabilité de la collectivité.

Individu face à la société

Un autre sujet divise le couple: Mathilde va-t-elle écrire le récit de cette transgression? Elle assure que non, lui pense que oui, car, lance Pierre, «tu fais du style avec la douleur du monde». Là, c’est la position de l’écrivain miroir qui est questionnée. L’écrivain qui, souvent, vit pour écrire ou en tout cas écrit ce qu’il vit… Véronique Olmi est brillante dans cette manière de tourner autour de ces sujets complexes qui opposent aspirations personnelles et impératifs de société.

Face à face, donc, au Théâtre des Amis, Françoise Courvoisier et Christian Gregori. Le comédien genevois, une tronche et une allure, est un habitué de ces personnages cassés et désenchantés. Il prête à son Pierre une humanité plus blessée que bornée, même si le chagrin et l’orgueil le poussent parfois à des pics de mauvaise foi. On est ému par son incompréhension de la situation, on le suit dans ses positions.

Françoise Courvoisier, qui – incroyable! – tutoie la soixantaine, continue à surprendre avec sa fraîcheur de jeune fille, son corps un peu bancal et ses élans juvéniles. C’est charmant, d’autant que Mathilde est décrite comme une femme-enfant toujours prête à s’envoler. Mais le manque d’aisance de la comédienne cadre moyennement avec l’écrivaine reconnue et la fine lame qu’elle est aussi censée jouer. A vrai dire, on ne parvient pas à savoir si c’est la comédienne ou le personnage qui manque de sécurité et cette incertitude pèse sur la réception du texte. Cela dit, la nouvelle directrice des Amis est terriblement touchante dans sa maladresse et courageuse dans ses questionnements. La magie opère à ces endroits-là.


Mathilde, jusqu’au 20 mai, Théâtre des Amis, Carouge-Genève. Réservation par mail: Resa@lesamismusiquetheatre.ch.

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