Musique

Shahin Najafi, ne l’appelez pas le Salman Rushdie du rap

Membre du jury du FIFDH, le musicien iranien donne un concert ce mercredi à Genève. Un ayatollah a lancé une fatwa contre lui pour apostasie. Il vit désormais en exil. Mais l’homme semble détester qu’on le résume à son engagement. Récit d’une entrevue sous tension

Il sort de la salle de cinéma, troublé. Il vient de regarder Le garçon qui dompta le vent, un film de Chiwetel Ejiofor sur un enfant qui combat la sécheresse au Malawi. Hier, il a vu un long métrage d’animation sur les guerres africaines du journaliste polonais Ryszard Kapuscinski. D’un drame à l’autre, le quotidien d’un membre du jury au FIFDH (Festival du film et forum international sur les droits humains). Sauf que Shahin Najafi n’est pas un professionnel de la distance et qu’il semble si profondément figé dans son émotion que rien, dans cette rencontre avec un des musiciens iraniens les plus passionnants de son temps, ne va se passer comme prévu.

On avait vu le documentaire consacré à Najafi, When God Sleeps, sorti en 2017. Le moment précis où un ayatollah de 94 ans, devant une assemblée qui ne bronche pas, le condamne. «Ce musicien, dit-il, ne va pas mourir. Il est déjà mort.» La fatwa, cet appel au meurtre grimé en justice divine, est l’ultime tentative d’intimidation sur un artiste qui agace considérablement le régime. Shahin, né en 1980 dans le nord de l’Iran, n’a cessé de traiter sa société, son embourbement moral, la liberté d’aimer, l’usage de drogues. Il utilise pour cela les outils du rap, du punk, de la musique électronique.