En face de mon minuscule balcon se tient un immense cèdre bleu. Je me perds souvent dans sa contemplation. Il est non seulement beau et grand, il est aussi très riche. Il bruisse d’histoires en tout genre. Il suffit d’une brise et ses branches dilapident à foison des drames, des haïkus, des farces, des sagas, des feuilletons, des telenovelas même, une fois. Les personnages principaux sont des oiseaux: mésanges, rouges-queues, gobe-mouches, rouges-gorges, merles, grives musiciennes, tourterelles, piverts, principalement. Avec dans les rôles-titres, un peu fatigantes tellement elles prennent de la place, les corneilles.

Bandes de jeunes

Et là, c’est bien simple, on bascule dans Shakespeare. Pas dans Le Songe d’une nuit d’été. Dans les pièces romaines bien gore et les drames historiques, Richard III en boucle. Les corvidés, supérieurement intelligents, vivent dans des sociétés aux structures complexes. Ils sont monogames et règnent en couple sur des territoires. Les couples ont des assistants qui participent à toutes les tâches familiales. Je me suis documentée, à force. Les jeunes vivent en bande et sèment volontiers la pagaille. Le couple régnant et ses affidés se postent sur un promontoire (la cheminée de l’immeuble d’en face) et scrutent l’horizon. Ils n’ont pas de prédateurs sauf les autres corvidés. Ils déploient une énergie démentielle pour conserver leur pouvoir. Tellement humains, en somme.