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Shakespeare est-il l’auteur de ses pièces? L’enquête continue

Deux livres voient dans John Florio, traducteur d’origine italienne, le vrai père d’Othello et d’Hamlet

Comment William Shakespeare, simple bourgeois de Stratford-upon-Avon, fils de gantier, sans liens avec la cour et les hautes sphères de son temps, comment un homme à la vie terne qui ne pouvait pas disposer d’une immense bibliothèque, qui n’a pas voyagé plus loin que Londres, comment cet homme a-t-il pu écrire une trentaine de pièces aussi ouvertes sur le monde, aussi chatoyantes sur le plan lexical, aussi avisées sur la vie des rois et des princes et sur la condition humaine en général? C’est au XIXe siècle que ce décalage entre biographie et œuvre est apparu comme une base valable pour attaquer un Shakespeare statufié en hérault national. Et depuis, la bataille fait rage entre Stratfordiens (tenants d’un Shakespeare, comédien, chef de troupe et auteur, puisant dans de multiples sources, dans sa propre imagination et auprès des comédiens) et les anti-Strafordiens (qui prônent l’idée d’un Shakespeare simple prête-nom pour d’autres auteurs qui préféraient écrire dans l’anonymat.) Parmi les nègres hypothétiques de Shakespeare, on compte notamment Francis Bacon, et Christopher Marlowe.

Passeur de cultures

Deux livres poursuivent l’enquête en paternité et s’accordent tous deux sur la figure de John Florio, né et mort en Angleterre (1553-1625) de père italien protestant. Pour le Canadien Lamberto Tassinari, auteur de John Florio Alias Shakespeare (Le Bord de l’eau), ce lexicographe connu, traducteur en anglais de Montaigne (dont Anne Cuneo a écrit une biographie aux éditions Campiche en 2011), polyglotte, précepteur à la cour de Jacques Ier, est le véritable auteur des pièces et des Sonnets de Shakespeare. Lamberto Tassinari n’est pas le premier à avancer cette thèse. Ce que le chercheur apporte, c’est l’angle du Florio passeur de cultures, de l’exilé polyglotte. L’étrangeté de la langue de Shakespeare proviendrait ainsi de ce brassage des langues. Autre pilier de l’exposé de l’auteur: La Tempête, pièce ultime de Shakespeare, qui recèle de façon cryptée, les peines de l’exilé.

S’appuyant sur le livre de Lamberto Tassinari dont il signe la préface, Daniel Bougnoux, philosophe, spécialiste d’Aragon, signe Shakespeare, le choix du spectre. Il y dessine un portrait de Shakespeare qui recherchait l’effacement, effaçant toutes les traces possibles. Pendant les représentations d’Hamlet, ne voulait-il pas toujours jouer le spectre? Plus qu’une simple préférence, ne serait-ce pas là l’option de toute une vie? Au coeur des jeux spectraux à l’oeuvre sur scène, se tiendrait, là aussi, la main de John Florio.

Lamberto Tassinari, «John Florio Alias Shakespeare», Le Bord de l’eau, 380 p.

Daniel Bougnoux, «Shakespeare, le choix du spectre», Les Impressions nouvelles, 208 p.


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