CHANSON. William Sheller. Epures (Mercury 982 337-9/Universal)

Il y avait eu Sheller en solitaire et le succès afférent autant qu'encombrant d'«Un homme heureux» découvrant les vertus des chansons nues. Il y a désormais aussi Epures, composé et enregistré à la maison sur l'ébène du piano uniquement. Un album aussi dépouillé que trop coloré par endroits. Après quatre ans de silence, William Sheller donne enfin suite aux sillons quelque peu usés de ses Machines absurdes. Trois pièces instrumentales, une version chantée et dépouillée au clavier des «Machines absurdes» (pourquoi ce titre-là?) et huit chansons inédites forment l'armature de ces romantiques Epures.

Le répertoire charrie cette poésie douce-amère, qui n'a toujours pas évacué le côté misanthrope chronique de Sheller, scrutateur fascinant de l'être humain parfois ravi aussi d'être en bonne compagnie: «Si tu n'aimes pas trop la foule, si parfois comme moi la vie te saoule un peu […]/N'oublie pas qu'on est deux» sur «Chanson d'automne».

Le piano captivant de Sheller, entre économie et volubilité, constitue à la fois la force et la faiblesse de l'album. L'impression de linéarité n'est sublimée qu'en de rares moments – les tonalités sont trop identiques malgré des mélodies graciles – et fait ainsi trébucher les couplets de chansons inspirées («Clandestine» et «Elvira»). De la part d'un musicien qui a touché autant de genres musicaux, l'optique pianistique se révèle trop monomaniaque sur disque.