Le logo de la Nikkatsu – compagnie responsable de la fameuse série de films érotiques «roman porno» – en exergue du nouveau film de Shohei Imamura est trompeur: plutôt qu'un détour par le cinéma cochon, De l'Eau tiède sous un pont rouge est pour le cinéaste septuagénaire un retour aux sources, au studio qui avait patronné ses débuts en 1958. Quatre décennies et deux Palmes d'or cannoises (pour La Ballade de Narayama et L'Anguille) plus tard, Imamura le scandaleux ne s'est que très relativement assagi. Avec une femme-fontaine pour principale attraction, son dernier film (d'après un roman de Yo Henmi) frappe toutefois plus par son tact que par un désir de dénoncer ou de choquer. De là à y voir une belle fable humaniste, il n'y a qu'un pas.

Employé quadragénaire et licencié, Yosuke erre dans Tokyo à la recherche d'un nouvel emploi, harcelé par une épouse dont il vit séparé et qui n'attend plus de lui que de l'argent. A la mort d'un vieux vagabond dont il a fait la connaissance sur les quais, il se souvient du vœu de ce dernier que quelqu'un récupère un bouddha autrefois volé et caché sur la péninsule de Noto, dans une maison près d'un pont rouge. Une fois sur place, il s'éprend de la jeune femme qui vit là avec sa grand-mère, et plus précisément de sa particularité de libérer des litres d'eau en faisant l'amour… Scabreux? A peine. L'âge venant, le style d'Imamura est en effet devenu d'un classicisme souverain tandis que sa prédilection pour les sujets limites s'accompagne désormais d'un ton de comédie bon enfant.

La vanité masculine et la résilience féminine

Placée sous le signe de l'eau, la fable est limpide même si sa résolution s'avère tortueuse. D'un côté, le «salaryman» qui reprend goût à la vie en s'abreuvant à sa source vive, loin de l'aliénation capitaliste et bourgeoise; de l'autre, les anciennes blessures et lourds secrets qui remontent à la surface pour jeter des ponts parfois douloureux entre les générations, le passé et le présent. Certains caleront sans doute devant l'idée «poétique» de sécrétions intimes en forme de geyser, capables de rendre une rivière poissonneuse, et s'offusqueront d'un fantôme revenant affirmer qu'«on ne vit que tant qu'on bande». Mais le film, à l'image de ceux de feu Marco Ferreri, va heureusement un peu plus loin dans son exploration de la nature humaine. En opposant vanités masculines et résilience féminine, Imamura n'ignore pas complètement les sentiments, même s'il envisage l'entente entre les sexes comme une formidable utopie. On regrettera juste que sur la fin, les ficelles du récit et sa symbolique deviennent plus voyantes que convaincantes. Mais ne serait-ce que pour sa belle vitalité et le couple de L'Anguille reconstitué, cet opus mineur d'un grand cinéaste vaut le plongeon.

De l'eau tiède sous un pont rouge, de Shohei Imamura (Japon-France, 2001), avec Koji Yakusho et Misa Shimizu.