Scènes

Shots amoureux à Genève

Au Théâtricul, un spectacle célèbre la passion qui répare les blessures de l’âge

Il y a des spectacles fragiles, même maladroits, qui touchent au cœur, car ils semblent avancer en équilibre instable sur le fil de la vie. La peau d’Elisa, de Carole Fréchette, à voir à Chêne-Bourg, près de Genève, en fait partie. Sur la scène du Théâtricul, petite salle fondée en 1979 qui bénéficie d’un nouvel élan depuis septembre dernier, Christine Aebi raconte avec une magnifique vulnérabilité les failles de l’âge et le pouvoir réparateur des shots amoureux. Idéal pour la Saint-Valentin!

Ça ne se voit pas à l’œil nu, mais Elisa en est convaincue: sa peau augmente. Aux genoux, aux bras, au cou, etc. Tellement qu’elle craint qu’elle ne s’empile et déborde. Ou alors l’étouffe au-dedans. Plusieurs fois, Elisa demande au public de contrôler ses mains, ses coudes, ses mollets. On ne voit rien de suspect, mais impossible de rassurer cette âme affolée.

Sortir de ses limites

La solution arrive dans un café. Un jeune homme (Zacharie Heusler) conseille à son aînée de raconter ses souvenirs amoureux pour stopper son derme en folie. «Plus il y a de détails, plus les enzymes se mobilisent», assure le sauveur providentiel. Ainsi, défilent Siegfried, Edmond, Yann et les autres. Chaque fois, des passions qui courent des fosses de chantier au toit du monde. Chaque fois, une invitation à sortir des limites – du corps, du quotidien – pour célébrer le sentiment foudroyant.

Renversante d’émotivité

Dans le texte de Carole Fréchette, Elisa se raconte sans images. A la mise en scène genevoise, la jeune Elsa Anzules, fille de la comédienne, a choisi de filmer ces passions amoureuses, de les projeter sur écran et de transformer le public en followers venus rencontrer l’auteure de ces courts métrages diffusés sur YouTube. Astucieuse sur le papier, l’idée fonctionne moyennement dans la réalité. Mais les films sont charmants et, surtout, Christine Aebi est renversante d’émotivité. Il est rare de voir sur une scène quelqu’un d’aussi exposé, d’aussi offert. Cette sensation est aussi liée au lieu, intime, qui permet une grande proximité.

Saison pleine d’ambition

Un lieu qui a connu un coup de jeune, cette saison. Petit théâtre rustique fondé par Gérard et Yvette Challande il y a quarante ans, le Théâtricul s’est étoffé à la rentrée des présences dynamiques de Stéphane Michaud, David Valère et Pierre Hauser, porteurs d’une programmation pleine d’ambition pour les compagnies émergentes.

A l’image de ce spectacle, La peau d’Elisa. Qui nous rappelle que le théâtre n’est pas qu’un art de la maîtrise et de l’expérience. Parfois, il peut être aussi un acte de foi, de sensibilité et d’innocence. Au Théâtricul, le public frémit.


La peau d’Elisa, jusqu’au 17 février, Théâtricul, Genève.

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