Aparté

Le show des directeurs de théâtre romands

En ce mois de mai, les conférences de presse se multiplient dans les théâtres romands. Les directeurs présentent leur saison, à l’image d’Hervé Loichemol la semaine passée à la Comédie. Que disent ces shows?

La conférence de presse au théâtre est devenue un spectacle en soi. Quand un directeur annonce une saison, il ne communique pas seulement, il met en scène une idée du théâtre, il indique encore un esprit, celui qu’il veut voir régner dans sa maison. Mardi, Hervé Loichemol, nouveau directeur de la Comédie, s’est livré à l’exercice pour la première fois. Sur une estrade, devant une centaine de spectateurs, journalistes, artistes, édiles, il a orchestré sa pièce. Il a fait monter sur les tréteaux les créateurs; il s’est improvisé journaliste; il a ménagé ses effets pendant presque deux heures, une performance en soi. Le show s’apparentait à une grand-messe.

Ce moment m’a rappelé un autre. Au mois de juin 1989, le metteur en scène genevois Claude Stratz, 42 ans, prenait la direction de la Comédie. Il invitait spectateurs et journalistes à découvrir sa saison inaugurale, dans une petite cour ensoleillée, derrière le théâtre. Dans un haut-parleur – ou était-ce un transistor? – passait une chanson de Paolo Conte, «Comedia». Cet après-midi-là, il y avait un air de vacances en Toscane qui faisait oublier l’importance du moment. Claude Stratz succédait à Benno Besson, qui avait donné à la maison une dimension européenne. Le novice devait faire ses preuves. Il était entouré de quatre metteurs en scène, dont Hervé Loichemol, qui avaient en commun d’avoir 40 ans. Claude Stratz les a présentés comme on présente des amis à d’autres amis, avec ce mélange d’enthousiasme et d’inquiétude qui le caractérisait parfois.

Que disent ces deux séquences, celle de 1989, celle de l’autre jour? Que le théâtre aspire aujourd’hui à donner une autre image de lui-même: dans la représentation de soi, il est plus solennel, plus soucieux de marquer sa légitimité auprès des politiques, moins artiste, surtout. Paolo Conte, lui, chante toujours «Comedia».

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