LA Batie-Festival De Genève

La sidérante forêt de Gisèle Vienne

Avec «This Is How You Will Disappear», Gisèle Vienne, invitée phare de la Bâtie-Festival de Genève, a plongé le public dans un bain sensoriel d’une rare puissance.

«This Is How You Will Disappear», La Bâtie

La puissance des sens

Une claque sensorielle. Un écrin où tous les éléments scéniques – décor, corps, lumière et musique –, sont traités avec un doigté inouï, un magnifique soin. Le texte de Dennis Cooper est plus faible? Le propos, sibyllin? Le jeu parlé est parfois maladroit? Sans doute. Mais, rarement, les spectateurs genevois ont pu plonger dans une atmosphère aussi saisissante que celle de la forêt hantée imaginée par Gisèle Vienne dans This Is How You Will Disappear. Donné au Théâtre de Carouge en ouverture du Festival de Genève, ce spectacle de l’invitée phare de la 39e édition a marqué les esprits.

On l’a abondamment présentée, cette adolescente de 38 ans passionnée de Georges Bataille. Cette artiste insolite qui a suivi une formation de marionnettiste avant de tisser pour la scène des partitions entre eros et thanatos, des univers sonores et picturaux torturés et chargés d’ambiguïté (Sortir du 22.08.2015 et LT du 27.08.2015).

On a même déjà écrit que This Is How You Will Disappear, ce tableau animé pour jeune gymnaste sous pression (Nuria Guiu Sagarra), mentor dévoré par ses démons (Jonathan Capdevielle) et rock star en perdition (Jonathan Schatz) était «beau, frémissant et ténébreux». Mais alors, la vidéo du spectacle ne rendait pas complètement justice à la part sensorielle de l’expédition.

Il faut raconter ces brumes humides et fleurant bon l’humus que le Japonais Fujiko Nakaya sculpte dans l’espace et qui montent dans les gradins comme une enveloppe fœtale. Raconter aussi cette musique sépulcrale et hypnotique de Stephen O’Malley et Peter Rehberg dont les vibrations saisissent l’âme et l’estomac.

Avec ces arbres vrais de vrais balayés par les clairs-obscurs de Patrick Riou aux éclairages, avec cette forêt hantée où volent faucon et chouette, Gisèle Vienne a placé le public dans une matrice particulière, ce week-end: celle de la puissance des sens.

De la même artiste: The Ventriloquists Convention, les 3 et 4 sept, Comédie de Genève, La Bâtie, 022 738 19 19, www.batie.ch

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