Les films sont des personnes. Certains agacent comme un m'as-tu-vu à gourmette ou attisent comme une fausse blonde de la RAI. D'autres attirent la sympathie ou caressent des sentiments profonds. Sideways, lui, est un film ami. Un bon film copain, comme ces gens qui suscitent immédiatement la confiance, avec lesquels on irait dîner les yeux fermés, certains de ne pas s'ennuyer à table. Et tant pis pour leurs défauts: ils les humanisent davantage encore. Après Monsieur Schmidt où il nous invitait dans la caravane du retraité Jack Nicholson, Alexander Payne reprend la route. Route de traverse, tracé secondaire, en marge, pour un Sideways multiprimé aux Etats-Unis.

En voiture, donc, à bord de la vieille japonaise de Miles (Paul Giamatti), un écrivain raté qui ne se remet pas de son divorce. Cette semaine, Miles a décidé d'inviter son ami d'enfance Jack (Thomas Haden Church) à la découverte des caves californiennes. L'occasion fait le larron: le week-end prochain, Jack, ancienne vedette de télévision et tombeur invétéré, se marie.

Dans mille films semblables, les deux lascars, qui dégustent les crus, draguent les femmes mûres comme eux (Virginia Madsen et Sandra Ho) et tombent amoureux, resteraient à distance. D'autant que les décors de la Californie viticole, rares au cinéma, poussent au lyrisme et à l'exercice de style. Mais non, Alexander Payne réserve au spectateur une place inattendue: celle du convive. Dans la voiture, au bar, à la table des restaurants (mieux vaut aller voir le film le ventre plein sous peine de gargouiller deux heures durant). La caméra reste à leur hauteur, emportée dans leur héroïque et lamentable odyssée picaresque.

Cette parfaite simplicité de la mise en scène et la vérité de l'interprétation font passer les grappes les plus rebutantes du scénario: l'évidence de situations sans surprises, la formule éprouvée du duo bellâtre-laideron et les grands discours sur la vie, l'amour, les femmes. Même quand Paul Giamatti, à la lueur d'une bougie, séduit Virginia Madsen avec un discours anthropomorphique sur les vins, on en reprendrait volontiers. Parce qu'on en croise tous les jours des chardonnays flamboyants mais si courts en bouche. Et des pinots aussi, dont la peau si fragile exige une patience et une douceur extrêmes. Il a toujours l'air éteint, le pinot, quand un chardonnay lui vole la lumière, mais attention au pinot sur la longueur!

Le ricanement n'est jamais loin, durant cette semaine de ripailles, de rires et de larmes. Mais il l'est aussi dans la vie. Et c'est sur ce fil délicat entre la fiction et la réalité (le documentaire Mondovino se rappelle sans cesse) qu'Alexander Payne construit une des plus belles alternatives au cinéma de Woody Allen. Un univers dont, pour peu qu'il nous ressemble un peu, nous faisons partie dès la première image projetée. Et que nous quittons avec regret à la dernière.

Sideways, d'Alexander Payne (USA 2004), avec Paul Giamatti, Thomas Haden Church, Virginia Madsen, Sandra Ho.