Enfants

La sieste du lion et le Coca du tapir

Classique ou contemporaine, la poésie parle aux plus jeunes dans ces deux albums aux formats bien différents, mais aux pages d’une même exigence

Il y a des poèmes connus («La Fourmi» de Desnos, par exemple), ils sont rares cependant, et c’est bien de découverte en découverte que le lecteur chemine au gré de ce zoo poétique, dont les animaux, thème chéri des enfants, sont très logiquement le fil conducteur.

«L’Ecureuil et la feuille», de Maurice Carême – «Un écureuil sur la bruyère/Se lave avec de la lumière» – côtoie «Le Papillon» de Lamartine – «Naître avec le printemps, mourir avec les roses». Et tandis que «Le lion dort, seul sous sa voûte» («La méridienne du lion» de Victor Hugo), «Dame souris trotte/noire dans le gris du soir» dans «Impression fausse» de Paul Verlaine. Plus loin on croise encore Andrée Chedid, Jules Renard, Francis Jammes et bien d’autres.

Ces quelque trente poèmes, aux voix si bigarrées, trouvent un écho formidablement amplifié dans les planches de Bruno Gibert: couleurs vives, motifs jouant du figuratif et du symbolique, parfois presque surréalistes, elles racontent une histoire proche, totalement contemporaine, mais où un geste, une attitude, renvoient parfois à des contes ou à des récits anciens. Un magnifique travail d’illustration (et d’édition), entre transmission et évocation, mis en valeur par le généreux format de l’album.


Bruno Gibert, «Le Zoo poétique», Seuil Jeunesse. Dès 8 ans.


Le restaurant, l’amour, les vacances d’été, les nuages: les thèmes de ce petit recueil sont très divers, et leur traitement aussi joyeux qu’original. Le «je» de Julien Baer est multiple. Il raconte aussi bien les états d’âme d’un tapir à la terrasse d’un café: «Je suis trop laid, je fais peur/Pour un Coca j’attends des heures/Et pour une glace, n’en parlons pas/J’en attends une depuis trois mois», que la journée à l’école d’un rêveur, ou encore l’envie de vivre sur une île: «Quand tout est lourd/J’aimerais/en claquant des doigts/être là-bas.» C’est souvent caustique, un brin ironique, cela parle de la vie d’un enfant d’aujourd’hui, ou de ce qu’un adulte a envie de dire à un enfant, à propos de la vie d’aujourd’hui.

Les images acidulées de Camille de Cussac jouent subtilement des traits et des aplats dans des scènes où le mouvement, l’élan, semble mener la danse, ajoutant ainsi leur sel et leur «ailleurs» à ces textes doux et piquants, qui riment parfois, et parfois non. Le résultat en est léger, chatoyant et surtout… formidablement enfantin!


Julien Baer Petit, «Un cahier de poésie», illustration de Camille de Cussac, L’école des loisirs/Mouche. Dès 7 ans.

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