La procureure a requis mardi jusqu’à trois ans de prison et des exclusions de territoire contre les dix agresseurs présumés de deux fidèles dans la mosquée An’Nur à Winterthour (ZH), au 2e jour du procès. Elle juge leurs déclarations de la veille invraisemblables.

Les huit jeunes musulmans ainsi que l’imam de la mosquée, désormais fermée, et le président de l’association An’Nur, qui a été dissoute, sont accusés d’avoir frappé, séquestré et menacé de mort en novembre 2016 les deux «mouchards». Motif: ils avaient transmis des informations à un journaliste sur un prédicateur éthiopien qui avait tenu un prêche haineux. Ce dernier a été condamné en 2017 à de la prison avec sursis et au renvoi.

Renvoi du territoire

Au tribunal de district de Winterthour, le Ministère public a réclamé douze mois ferme pour plusieurs des prévenus. Ils pourraient les effectuer en semi-détention, une forme spéciale d’exécution des peines privatives de liberté qui alterne des périodes d’incarcération et de liberté. D’autres doivent être punis plus sévèrement et demeurer derrière les barreaux.

Les étrangers doivent en outre être renvoyés du territoire durant dix ans. Au premier jour du procès lundi, lors de leur comparution, les accusés concernés ont qualifié cette mesure de «peine de mort». La Suisse est leur patrie, ont-ils dit. Dans son plaidoyer, la procureure a estimé que les prévenus avaient agi par vengeance. Elle ne croit pas leurs récits dans lesquels ils ont assuré qu’il n’y avait eu ni menace, ni violence. Ils se considèrent comme les cibles d’une conspiration des médias et de la justice.

Lire à ce propos: Les fidèles de la mosquée An’Nur crient au complot

Ils ont uniquement déclaré avoir parlé avec les deux fidèles après avoir constaté qu’ils avaient photographié et filmé dans la mosquée. L’un a toutefois admis avoir traité l’un des plaignants d’«idiot» et d’«imbécile» et lui avoir craché dessus.

La magistrate du Ministère public estime que l’imam de la mosquée et le président de l’association auraient pu, en tant que personnes respectées, calmer la «foule agressive». Mais ils ne l’ont pas fait. Au lieu de cela, ils ont extorqué des aveux aux deux victimes.

Ces dernières n’ont laissé transparaître aucun signal permettant de penser qu’elles mentent, selon la procureure. Un certificat médical atteste pour les deux «un état psychotraumatique aigu». L’une d’elles a de plus subi un traumatisme crânien à la suite d’un coup de poing.

Un SMS comme élément de preuve

L’accusé qui serait responsable de ce coup a déclaré lundi que la victime s’était probablement frappée elle-même. Ou alors que la blessure datait d’avant.

Comme élément de preuve, l’accusation a notamment fait état du SMS que l’une des victimes a envoyé des toilettes à la police: «Urgent, please urgent! Moschee Winterthur, they kill my friend.» (Urgent, s’il vous plaît, urgent! Ils tuent mon ami à la mosquée de Winterthour.)

Une policière qui s’est occupée des deux victimes a témoigné dans un procès-verbal n’avoir jamais vu des personnes autant apeurées durant toute sa carrière. La peur se lisait dans leur regard, selon elle.

Après le Ministère public, ce sera au tour des avocats des plaignants de prononcer leurs plaidoyers. Puis à ceux des dix accusés. Le procès dure plusieurs jours et le jugement sera rendu le 23 octobre.