En 1979, les lecteurs du magazine A Suivre ont eu le souffle coupé en découvrant Silence. Entre naturalisme et fantastique, cette chronique de l’impossible intégration d’un garçon muet dans une communauté rurale témoignait d’un humanisme profond. Le graphisme participait de la fascination que suscite l’œuvre. Les planches où la neige se met à tomber touchent au sublime, les aplats de noir atteignent une noirceur prodigieuse. Le secret de Didier Comès? «Il accumulait ses vieilles bouteilles d’encre comme ses bons crus. Avec le temps, leur densité permettait d’obtenir cette profondeur», confie son ami François Schuiten.

Né en 1942 à Sourbrodt, petit village des Ardennes belges, Didier Comès est toujours resté enraciné dans sa région. A l’écoute de la nature, des contes et légendes, il traduit dans ses dessins les mystères de la forêt et des créatures, réelles ou fantasmatiques, qui y vivent.

Ancien dessinateur industriel, il s’intéresse au jazz et à la bande dessinée. Il travaille pour Spirou, Pilote et Tintin, publie un premier album, Le Dieu vivant, d’inspiration fantastique. La reconnaissance internationale vient avec Silence. Ce roman graphique place Comès au rang des grands maîtres du noir et blanc aux côtés d’Hugo Pratt, son maître, Milton Caniff ou Tardi. Suivent La Belette, Eva, L’Arbre-Cœur, La Maison où rêvent les arbres, Les Larmes du tigre et Dix de der.

Didier Comès s’est éteint mercredi. Deux grandes expositions, à Liège et à Angoulême, venaient de célébrer l’importance de son œuvre.