Il y avait au plafond du salon d’Agnès Varda, à la rue Daguerre, à Paris, une impressionnante tache de moisissure, un chancre noirâtre boursouflant le gypse. Quiconque aurait appelé les maîtres d’œuvre pour éradiquer cette horreur. Pas Agnès Varda. Elle faisait remarquer cette excroissance à ses visiteurs, elle lui trouvait une beauté cachée renvoyant à quelque mystère spéléologique. Car la cinéaste avait conservé la faculté enfantine de s’étonner, de s’émerveiller de tout, d’être inépuisablement curieuse des choses et des gens. Elle vient de s’éteindre, rue Daguerre, à l’âge de 90 ans. Atteinte d’un cancer, elle évoquait sa disparition le mois passé à Berlin, se préparant «à dire au revoir, à partir».


Haute comme trois pommes sous sa coupe bol bicolore et dans ses habits fleuris, on pouvait la prendre pour un clown, et elle s’en réjouissait, car elle avait trop d’humour pour se prendre au sérieux. Ne l’a-t-on pas vue déambuler à la Biennale de Venise déguisée en pomme de terre? Et elle se réjouissait du surnom que lui avaient attribué ses petits-enfants: «Mamita Punk». Bavarde impénitente, elle avait un sens de l’écoute supérieur et rien n’échappait à son œil vif. Mais il ne faudrait pas la réduire au rôle de «la petite vieille rondouillarde et bavarde qui raconte sa vie» qu’elle s’était donné, car Agnès Varda était une artiste majeure.