faut voir

Silence, on tourne

Steven Soderbergh fait des films, beaucoup, qu’il produit, réalise, monte et dont il dirige éventuellement la photographie. Il conçoit des t-shirts, rouges ou noirs essentiellement, qu’il vend sur Internet. Et lorsqu’il lui reste un peu de temps, il expérimente à partir des longs-métrages de ses collègues. Sous l’onglet de son site joliment baptisé «Salon des refusés» ( http://extension765.com), on peut trouver un mash-up du Psychose d’Alfred Hitchcock (1960) avec la version de Gus Van Sant (1998). Ou plus récemment une variante des Aventuriers de l’arche perdue en noir et blanc, sans dialogues et sur une musique électro-planante. En préambule, le cinéaste prévient: «Ce poste vise un objectif pédagogique uniquement.» Puis il énonce quelques considérations sur l’art de la mise en scène. Il a, dit-il, sciemment retiré les couleurs et la bande-son de l’œuvre de l’autre Steven, afin que l’on puisse se concentrer sur le cadre, le décor et les mouvements des personnages. Prenons le début du film. Indiana Jones et ses acolytes péruviens marchent à travers la jungle, tombant ici sur une statue inca, là sur une fléchette empoisonnée. La version originale, dans un camaïeu vert-brun, fait entendre les pas qui s’accélèrent en même temps que le souffle, le bruit des oiseaux qui assourdit et inquiète. Les dialogues sont rares, la musique indique lorsqu’il faut avoir peur. Chez Soderbergh, le noir et blanc comme l’absence de dialogues font que l’on se concentre effectivement sur les détails – tiens, du vent dans les feuillages. Les actions et les intentions des personnages restent tout à fait compréhensibles. Mais la petite musique de rave party rend tout à coup la fuite de l’Indien devant la sculpture inca assez ridicule, comme dans un film muet pour lequel il faudrait surjouer. Les notes, forcément, induisent des interprétations. Le silence eût été préférable pour les visées pédagogiques de Steven Soderbergh. Vous pouvez toujours couper le son.