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«Sur le vélo ça va encore, mon genou tourne bien, mais j’ai du mal à marcher», sourit-il.
© David Wagnières pour Le Temps ©

CYCLISME

Silvan Dillier, la vie rude mais grisante de l’équipier

Le coureur argovien court son premier Tour de France. Rencontre lors de la première journée de repos avec un jeune homme fourbu mais heureux d’être là malgré tout

Il est arrivé en claudiquant, perclus de douleurs après sa chute lors de la deuxième étape, à 30 km de l’arrivée à La Roche-sur-Yon en Vendée. Contusions internes du genou gauche, plaies au coude et à la main droite. Huit jours plus tard, les séquelles sont encore présentes. «Sur le vélo ça va encore, mon genou tourne bien, mais j’ai du mal à marcher», sourit-il. On retrouve Silvan Dillier au Palace de Menthon-Saint-Bernard, sur les rives du lac d'Annecy. Jour de repos, le premier de la Grande Boucle. Vue imprenable sur les eaux les plus limpides d’Europe, et l’établissement est luxueux. Philippe Chevallier, manager général de l’équipe AG2R, qui passe par là, nous dit: «Ne croyez pas que nous soyons toujours aussi bien logés. On a dormi cette semaine dans des hôtels bas de gamme, aux chambres pour le moins étroites et mal climatisées. Pour nous ça passe encore mais pour les coureurs qui ont besoin d’un vrai repos, c’est un souci.»

Se reposer et manger

Silvan Dillier semble faire peu de cas de la qualité de l’hébergement. Il veut avant tout «se poser et, surtout, manger». Un avion, qui a décollé hier de Lille, a transféré le peloton en Haute-Savoie, via l’aéroport d’Annecy-Mont-Blanc. Après les pavés poussiéreux de Roubaix, l’air pur de la petite Venise des Alpes. Silvan, qui aime le soleil, apprécie. La Suisse n’est pas loin et le natif de Baden (Argovie), âgé de 27 ans, va recevoir dans l’après-midi la visite de son épouse et de ses parents. Voilà qui remonte le moral. Il n’est pas au plus bas, pas au plus haut non plus. Il court son premier Tour de France et imaginait sans doute dresser un meilleur bilan au terme de la première semaine, tant au niveau personnel que de son équipe. Sa chute l’a privé de la bagarre dont il rêvait aux abords de Roubaix. Ce rouleur aime ce type de terrain. Il a terminé cette année à la deuxième place de la classique Paris-Roubaix, après plus de 230 km en tête, battu uniquement par Peter Sagan, «coureur fantasque et terriblement solide que j’admire».

Crevaison

Ce fut l’une de ses plus belles performances de coureur professionnel avec un titre de champion du monde du contre-la-montre par équipes, une victoire d’étape sur le Giro en 2017 et un titre de champion de Suisse sur route la même année. Il a été dépossédé de ce dernier titre en 2018 au profit de Steve Morabito, mais a gardé sur son maillot de l’AG2R des petits drapeaux suisses sur les avant-bras «par fierté». AG2R, l’équipe du Français Romain Bardet, candidat déclaré au maillot jaune, l’a recruté parce qu’il est complet. La preuve encore dimanche sur ces maudits pavés du Nord responsables des trois crevaisons de Romain Bardet. Le leader a compté jusqu’à une minute de retard sur le peloton des leaders. Aidé entre autres par Silvan Dillier et Mathias Frank, l’autre Suisse de l’AG2R, Romain Bardet est rentré assez aisément sur l’arrière du peloton, n’accusant au final que sept secondes de retard. Problème de matériel? «Malchance, répond un mécanicien. Cet hiver, Silvan a fait Paris-Roubaix avec le même vélo sans une seule crevaison. C’est surtout la roue au mauvais endroit, au mauvais moment.»

«Là pour aider»

Silvan était avec les meilleurs avant les soucis à répétition de son leader. Il l’a attendu, l’a ramené avec les autres. «C’est mon boulot d’équipier, je suis là pour l’aider», argue-t-il. Un peu frustrant? «Pas du tout, je participe avant tout au Tour de France, je suis aux premières loges et c’est extraordinaire», se réjouit-il. Il se dit avant tout impressionné par la foule constante au bord des routes et l’enthousiasme des spectateurs. «C’est plus intense que la Vuelta ou le Giro, c’est plus nerveux, ça frotte beaucoup et ça chute. Il n’y a pas toujours de la place pour 176 coureurs surtout à 20 km de l’arrivée», résume-t-il. Et c’est de la stratégie. Illustration: après avoir perdu 30 secondes à Mûr-de-Bretagne suite à un incident mécanique, Romain Bardet a demandé à ses coéquipiers de s’allier avec une autre équipe (Trek-Segafredo) pour tenter un coup de bordure (profiter du vent de côté) et éparpiller le peloton tandis que les coureurs fonçaient dans une descente. Echec, mais l’essai a regonflé Silvan et ses coéquipiers.

Partie à huit le 30 juillet à Noirmoutier, l’équipe AG2R déplore déjà la perte de deux coureurs, Axel Domont et Alexis Vuillermoz. Ce dernier, bon grimpeur, aurait pu accompagner Romain Bardet dans les Alpes (dès ce mardi d’Annecy au Grand-Bornand) puis dans les Pyrénées. La montagne n’est en revanche pas le terrain de prédilection de l’Argovien. Il s’agira pour lui de s’accrocher. En ce jour de repos, Silvan a roulé 50 km en dénivelé pour goûter un peu à cette montagne. Les autres ont pédalé sur 40 km. «Silvan en fait toujours plus à l’entraînement, c’est dans sa nature», relève Philippe Chevallier. Qui explique en quoi consiste une journée de relâche: «C’est avant tout de la récupération, donc un entraînement léger, rouler fait partie de cette récupération. L’après-midi est consacré aux massages et aux soins.»

Aussi bonne soit-elle, la cuisine du Palace de Menthon-Saint-Bernard ne régalera pas les AG2R. L’équipe possède son propre chef diététicien qui, à bord d’un véhicule spécialement aménagé, concocte les repas des champions. «La montagne arrive, on va réduire les fibres au profit des pâtes et du riz», dit-il. Au menu ce lundi midi: du thon et des patates douces. Affamé, Silvan file vers le restaurant de l’hôtel. Une dernière question: «Vous êtes combien au général?» Il hausse les épaules: «Je ne sais pas.»

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