Musique

Silver Dust, croisade métal à travers l’Europe

Piloté par Christian «Kiki» Crétin, ancien gardien de hockey professionnel, le groupe jurassien se lance ce jeudi dans une grande tournée européenne qui le verra donner 50 concerts en cinquante-trois jours. Rencontre

Il n’aura fallu que six ans à Silver Dust pour passer du statut de «petit» groupe jurassien à celui de valeur montante de la scène métal européenne. Preuve de sa notoriété exponentielle, le gang emmené depuis 2013 par Christian «Kiki» Crétin démarre ce jeudi une imposante tournée – The Fall of Darkness Tour – qui le verra donner 50 concerts en cinquante-trois jours, et dans 26 pays, en compagnie des Portugais de Moonspell et des Grecs de Rotting Christ. Première étape à Hambourg, avant un voyage qui passera par Amsterdam, Londres, Varsovie ou encore Paris, ainsi que Pratteln et Genève pour la Suisse.

«On va à la fois fidéliser nos fans et rencontrer un nouveau public», se réjouit Kiki Crétin, qui lorsqu’il monte sur scène, après avoir enfilé son costume gothico-victorien, devient Lord Campbell. «On va aussi découvrir de nouveaux territoires, comme la Scandinavie, la Turquie et la Grèce; chaque concert sera comme un défi.» Et en matière de défis, le chanteur et guitariste n’est pas vraiment un novice, comme le prouve sa carrière de gardien de hockey, qui l’a vu défendre les buts du HC Ajoie, avec à la clé une promotion en Ligue nationale A en 1992, avant de devenir le dernier rempart de Bienne et de Rapperswil.

Sentir le public

Pour le natif de Porrentruy, évoluer sur une patinoire ou sur une scène est, au-delà de la performance physique, une expérience différente. «Quand tu es gardien, tu dois faire abstraction du public qui est autour de toi, tandis que durant un concert, tu sens les gens et tu vas les chercher.» Et d’ajouter qu’un bon joueur, tant qu’il ne se blesse pas, restera bon, alors qu’à l’inverse, une carrière musicale n’est pas qu’une affaire de talent.

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«Aujourd’hui, il ne suffit pas de prendre une guitare et de savoir composer. Il faut aussi se vendre, créer un projet, maîtriser son image, le marketing, savoir chercher du financement. Tu dois déjà avoir un mini-succès avant qu’on s’intéresse vraiment à toi, alors qu’auparavant les producteurs se déplaçaient. Tu ne peux pas penser qu’à la musique si tu veux pouvoir en vivre. Et il faut aussi savoir bien s’entourer.» Silver Dust, souligne Kiki Crétin, peut ainsi compter sur le précieux soutien de Salvo Vaucher, manageur et patron du label Escudero Records, ainsi que de sa productrice exécutive Fabienne Roth.

«Depuis l’arrivée de notre nouveau batteur, Magma, nous sommes montés d’un cran, poursuit-il. C’est un ancien élève de Diego Rapacchietti, de Coroner; j’avais un œil sur lui depuis un moment. A mes côtés, le seul survivant du groupe originel est le bassiste Kurghan, avec qui je faisais déjà, avant qu’on fonde Silver Dust, des reprises de Joe Satriani et Steve Vai. On a ensuite été rejoints par le guitariste Tiny Pistol.»

Guitariste autodidacte

Lorsqu’il évoque le line-up actuel de Silver Dust, l’ex-hockeyeur évoque simplement «un dynamisme de malade». Ce que prouvent les performances scéniques du quartette, lorsqu’au rock lourd et mélodique du groupe s’ajoute une vraie théâtralité, avec un charismatique Lord Campbell en guise de maître de cérémonie. «Même si je suis fier de mon nom, il est trop régional. Nous devions nous créer une identité, une image. Ce qui passe également par tous les éléments graphiques, comme les pochettes et les t-shirts, que je crée moi-même.»

Enfant, le futur Lord Campbell écoutait Elvis et les Beatles lorsqu’il accompagnait son père, pilote de course, sur les circuits internationaux. Très vite, il commence ensuite à s’intéresser à un rock plus dur, et surtout à leurs guitaristes, en tête desquels Ace Frehley, de Kiss. Mais vient l’appel du hockey. Découvrant les prouesses d’Olivier Anken, «un gardien mythique, pilier de l’équipe nationale», il rêve de porter le même équipement, lui le gamin asthmatique qui arrivait à peine à courir. Ses parents l’encouragent, ils ont bien fait. Avec sa première paye de hockeyeur, il s’offre à 16 ans une guitare électrique, mais se rend compte que la dompter n’est pas aussi facile que cela. Huit ans plus tard, en autodidacte, il s’y mettra sérieusement.

«Puis, un jour, Olivier Anken m’appelle pour me dire qu’il met fin à sa carrière et aimerait que je prenne sa succession à Bienne, un truc de fou!» Tout autant que quand les Finlandais masqués de Lordi – vainqueurs surprises de l’Eurovision 2006 – puis leurs compatriotes de Battle Beast décideront de confier leurs premières parties à Silver Dust, première étape, pour les Jurassiens, vers une reconnaissance européenne.


The Fall of Darkness Tour, avec Silver Dust, Moonspell et Rotting Christ, le 11 décembre à Genève (L’Usine) et le 12 à Pratteln (Z7 Konzertfabrik).

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