«Je remarque tout d’abord que le titre de ce livre est très provocateur et que son contenu est bien plus nuancé. Ensuite, contrairement à Hanna Rosin, j’observe que l’évolution de la société est lente, très lente. C’est vrai, il y a aujourd’hui des jeunes couples qui se partagent les tâches du ménage et fonctionnent sur un mode égalitaire. Mais cela ne concerne qu’une infime minorité de la population des pays les plus avancés. La vérité c’est que l’imaginaire collectif reste profondément patriarcal. On ne peut pas transformer cet imaginaire par décret – ce que je ne souhaite pas bien évidemment. Mais il reste en effet toujours très ancré.

»Que quelques «superwomen» accèdent aux plus hautes fonctions exécutives, c’est bien, mais cela n’a rien de nouveau. En fait, elles sont un peu l’arbre qui cache la forêt. En Inde, en Egypte, au Pakistan, la violence faite aux femmes est quotidienne. Battues, violées, elles vivent sous un joug masculin permanent. Et même chez nous, les statistiques le prouvent, les violences domestiques ne reculent pas: l’homme cogne toujours aussi fort. Quant à l’écart salarial, il reste de 18,2%. Ce n’est pas rien.

»Ce qui contribue à perpétuer cet imaginaire collectif, c’est qu’on éduque encore et toujours les filles à être gentilles et responsables des autres. D’où par exemple le fait que jamais on ne remet en question l’idée que c’est la mère et non le père qui doit ­assumer la pleine responsabilité de ses enfants. Telle est la puissance du schéma patriarcal duquel nous sommes loin d’être ­sortis.»