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L’écrivain Georges Simenon (à dr.) avec son frère cadet Christian vers 1907-1908 . (Rue des Archives/Tallandier)
© Rue des Archives

Littérature

Simenon était-il collabo? La polémique gagne la Suisse

Samedi à Lausanne, les défenseurs de la mémoire du père de Maigret, longtemps citoyen de la capitale vaudoise, viennent dire tout le mal qu'ils pensent du roman «L'Autre Simenon». Son auteur, Patrick Roegiers, y raconte le parcours nazi de Christian Simenon et attaque Georges pour son attitude pendant la guerre

Samedi matin, dans les salons feutrés du Cercle littéraire à Lausanne, le verbe sera haut et ferme. Pierre Assouline, écrivain, juré du prix Goncourt et biographe de Georges Simenon, vient donner une conférence intitulée "La vie de Simenon, ce n'est pas du roman". A ses côtés, le fils de Georges Simenon, John, et le dessinateur Jacques de Loustal, qui expose en ce moment même, à la Galerie Galartis Catherine Niederhauser, à Lausanne, des dessins inspirés de l'univers de l'écrivain liégeois.

Pierre Assouline: «Un écrivain ne peut pas écrire n'importe quoi»

Le trio a en ligne de mire un roman intitulé "L'Autre Simenon" (Grasset) et signé par Patrick Roegiers. Romancier belge qui vit en France depuis de nombreuses années, connu pour ses fins portraits de la Belgique et des Belges, Patrick Roegiers sort ici de l'ombre Christian, le frère cadet et damné de Georges. Christian était membre du mouvement Rex, pro-hitlérien, de Léon Degrelle. En août 1944, Christian organise l'enlèvement et le massacre de 19 civils, à Courcelles, en représailles du meurtre par la Résistance d'un maire rexiste.

Patrick Roegiers ne s'en tient pas aux faits historiques mais imprime sa patte deromancier aux destins de Christian et de Georges. C'est ce que lui reprochent Pierre Assouline mais aussi l'association des Amis de Georges Simenon en Belgique, qui a réagi dans la presse par des prises de positions virulentes. A la source de cette colère, l'idée véhiculée par le livre que Georges Simenon aurait conduit à la mort son frère pour se débarasser d'un gêneur, susceptible de nuire à son image. Dans les faits, Georges Simenon a conseillé à son frère, condamné à mort en Belgique, de fuir en s'engageant dans la Légion étrangère. Ce que fera Christian Simenon. Il sera tué en Indochine en 1947.

Patrick Roegiers: «Simenon est accablant d'opportunisme»

Dans le roman, Patrick Roegiers envoie Christian Simenon mourir au combat mais sous l'uniforme de la Légion Wallonie, brigade rexiste, bien réelle, intégrée ensuite au Waffen SS et qui ira combattre les Soviétiques en Ukraine. Ces pages dans l'enfer blanc du front de l'est, sont parmi les plus marquantes du roman. Autre point d'attaque contre le livre de Patrick Roegiers, la lumière jetée sur le comportement de Georges Simenon pendant l'Occupation. Construit en cinq parties, «L'Autre Simenon», suit le parcours de Georges, en contrepoint parfait à la dérive du cadet. Tandis que Christian s'enfonce dans la violence, Georges prospère en France grâce au succès phénoménal de ses livres et à leurs adaptations cinématographiques. Une richesse et une réussite qui détonnent dans le climat de l'Occupation. Le roman charge la barque de l'écrivain belge qui apparaît comme un triste sire ambigu, opportuniste en diable. 

Jusqu'où un écrivain peut-il prendre des libertés avec les faits historiques quand il s'empare de la vie d'une personnalité? Jusqu'où peut-il en faire un personnage de fiction? L'histoire nourrit le roman, le roman nourrit l'histoire? Telles sont les questions soulevées par cette polémique qui va connaître un nouveau point d'orgue samedi à Lausanne.

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