Les contes de fées, ce n’est pas que pour les autres. Le tout jeune Simon Lopez en sait quelque chose. Jeudi soir, le rêve est devenu réalité pour lui devant plus de 3 millions de spectateurs. Le clarinettiste saint-juliennois a été désigné vainqueur de la 8e saison de Prodiges, l’émission concours de France 2 pour artistes en herbe jusqu’à 17 ans.

Une sacrée consécration pour l’adolescent, qui vit en mode clarinette depuis son premier cours à 7 ans, le jour même de son anniversaire. «J’ai été séduit par le son de l’instrument en écoutant le CD de Piccolo Saxo et compagnie où tous les instruments sont présentés les uns après les autres. Quand est arrivé le tour de la clarinette, j’ai adoré sa sonorité. Mes parents en ont acheté une et j’ai pris mes premières leçons très rapidement», explique le lauréat.

L’âge de raison fut donc pour lui celui de la passion musicale. Le petit élève se forme avec une première professeure à l’école de musique de la ville frontalière de Genève. Nathalie Crouzet aura été pour lui «une sorte de maman musicale», avec qui il a adoré s’entraîner. «La passion qu’elle transmettait était magnifique.»

L’élève qu’on rêve d’avoir

Sept ans plus tard, Simon rejoint la classe de Gérard Schlotz au Conservatoire de Genève. «C’est l’élève que l’on rêve d’avoir, confie le professeur, à deux ans de la retraite. Il a acquis de très bonnes bases enfant, et grâce à son potentiel, son travail, sa facilité, sa malléabilité et sa réactivité, il a rapidement progressé en seulement deux ans. Comme en plus il est cool de caractère et à l’aise avec l’instrument, c’est un vrai plaisir de travailler avec lui.»

Simon est prêt à gérer sa subite célébrité et son temps très compté pour atteindre son rêve de toujours: devenir concertiste. Les journées sont très remplies entre les cours du lycée et le travail instrumental. «Comme j’habite près de l’école, je rentre dès que j’ai une heure libre et je peux ainsi consacrer environ quatre heures journalières à l’étude musicale.»

Clarinettiste depuis une décennie, Simon Lopez a su qu’il en ferait sa vie et son métier il y a quatre ans déjà. Ce qui a renforcé son désir, c’est l’émission Prodiges, justement, qu’il regarde depuis la première saison.

«Pourquoi pas moi?»

«Quand je voyais ces enfants et adolescents récompensés, ça m’enchantait. Et lorsque le petit clarinettiste Marin Chapoutot, qui a environ mon âge, a gagné la saison 3 en 2016, je me suis dit pourquoi pas moi?» Quelques essais d’inscriptions infructueux ne le découragent pas. Le dernier sera le bon, à quelques mois de l’âge limite de 17 ans.

Simon Lopez, outre ses qualités musicales et techniques, est posé, mûr et très agréable de contact. Avec une capacité de concentration étonnante face à la pression de jouer devant plus de 3 millions de téléspectateurs. En une seule prise de surcroît. Cela ne l’a pas impressionné plus que ça.

«J’étais totalement dans ma bulle sur les pièces que je jouais (Klezmer dance de Göran Fröst et l’air de la «Reine de la nuit» de la Flûte enchantée de Mozart [arrangé pour clarinette par Jean-Philippe Bouchard, ndlr]. Je ne voyais pas ce qui m’entourait. En consultant l’enregistrement, j’ai été frappé par les grands mouvements de caméras que je n’avais même pas remarqués.»

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Restera, avec le retour public de cette aventure hors norme, le souvenir d’une opportunité inimaginable. «J’ai toujours cru que le prix ne serait pas pour moi puisque la clarinette avait déjà été primée. Je pensais que pour honorer Patrick Dupont, ce serait plutôt le tour de la danse.»

Le fait de traverser les épreuves sur scène représente «une expérience exceptionnelle, et une sorte de rêve éveillé». Simon s’estimait déjà heureux. «Quand le résultat est tombé, j’ai été abasourdi et fou de joie. Je dois beaucoup à tous ceux qui m’ont soutenu.»

Les encouragements de la maire

Porté par ses proches, les organisateurs de l’émission et les réseaux sociaux très actifs, Simon a aussi été «marrainé» sur internet par la maire de Saint-Julien-en-Genevois. Le soutien et les encouragements chaleureux de Véronique le Cauchois l’ont aussi porté. «Sentir sa ville derrière soi, c’est très touchant.» Quant au juré des instrumentistes Gautier Capuçon, il salue, avec le niveau très haut des concurrents de cette année, le musicien en devenir «bien dans ses baskets, et dans la musique, qu’il vit de façon très dense. C’est une victoire méritée car Simon est particulièrement réceptif et réactif. Lorsque je lui ai conseillé de libérer davantage l’expressivité de son corps, qu’il bridait un peu dans son attention à l’instrument, il a tout de suite mis en pratique ce que je lui suggérais. Il a un beau potentiel que le travail assidu renforcera encore avec les années.»

Après la dernière étape de l’enregistrement chez Warner Classic, on attend donc de retrouver Simon Lopez sur scène en live. Après le baccalauréat…