Classique. Karol Szymanowski. Chants d'une princesse, Chants d'amour de Hafiz, Harnasie. (EMI Classics/EMI)

Simon Rattle a la vie dure. Passablement éreinté ces derniers temps (accueil glacial pour lesSymphonies Nos. 1 et 14 de Chostakovitch), jugé insuffisant dans la grande musique allemande (il fallait pourtant entendre son Rheingold cet été à Aix), le chef britannique ne fait pas l'unanimité. L'homme providentiel promis pour remplacer Claudio Abbado à Berlin sème doutes et scepticisme.

Du coup, ses rares enregistrements avec l'Orchestre symphonique de Birmingham dégagent un parfum de nostalgie - l'époque où le benjamin faisait tout juste. Ce nouveau disque consacré à Szymanowski le prouve, en écho à deux CD qui avaient fait sensation dans les années 1990.

Timbres scintillants, harmonies vénéneuses, lyrisme à fleur de peau: le compositeur polonais déploie une instrumentation tantôt irisée, tantôt brute. Soprano stratosphérique, Iwona Sobotka tutoie l'éther dans les Chants d'une princesse opus 31. La mezzo Katarina Karnéus séduit elle aussi dans les Chants d'amour de Hafiz, malgré une voix un peu trémulante.

Fortement influencé par Stravinski (certains passages rappellent furieusement Le Sacre), mais aussi par Bartók, le ballet-pantomime Harnasie impressionne par sa savante orchestration et ses chœurs. La forme a beau être plus décousue que chez Stravinski, il s'en dégage un onirisme et une puissance tellurique que Rattle capte avec un instinct rare, éteint à d'autres occasions.