Portrait

Avec Simon Romang, l’humour est dans le pré

Fils de paysans vaudois, le comédien raconte, dans son premier seul en scène, son enfance à la ferme. Aussi révélé dans la «Nouvelle Revue de Lausanne», il a reçu cette année un prix de la Société suisse des auteurs

On l’aurait bien vu débarquer en nœud papillon et souliers vernis, juché sur une génisse – comme sur l’affiche de son spectacle. Chic, mais pas très fonctionnel. D’autant que Simon Romang est déjà un poil en retard. Veste marine et souffle court, il sort tout juste d’un cours de chant. Une fois installé devant son café, le comédien précise: pour la photo promo, il avait d’abord imaginé chevaucher un taureau. Mais on l’a découragé. «Trop dangereux! Il faudrait avoir du sang espagnol…»

Pourtant, il connaît la bête. Bien avant de côtoyer les planches de théâtre, le jeune Simon a arpenté les hectares de l’exploitation familiale à Apples (VD), où l’on engraissait des bovins. Une enfance entre bottes de paille et bottes en caoutchouc qu’il a justement choisi de raconter dans Charrette!, son premier seul en scène auréolé du Prix de l’humour 2019 remis par la Société suisse des auteurs.

Coussins de foin

La langue râpeuse des animaux (avant qu’ils ne soient changés en steaks), les tours en moissonneuse-batteuse, les sauts périlleux sur des tas de foin: un silo de souvenirs que Simon Romang distille, sourire aux lèvres. A priori, rien qui annonce sa future carrière.

Quoique. Enfant, alors que son frère aîné construit des bidules inflammables, lui préfère s’inventer des scénarios, commenter des matchs de foot imaginaires qu’il mime avec ses doigts. Puis sa mère l’inscrit à l’Ecole Steiner de Lausanne, prônant un enseignement axé sur la créativité. C’est là que Simon joue sa première pièce. Un classique, Roméo et Juliette. Il a 14 ans, des longs cheveux comme DiCaprio et convoite le rôle de Roméo – il héritera finalement de celui du frère Laurent. Sur scène, il s’étonne du naturel avec lequel il interprète ce sage qui ne lui ressemble pas.

Nouvelle révélation quatre ans plus tard: Novecento d’Alessandro Baricco, un monologue d’une heure trente qu’il répète pendant des mois. «Mes parents ne me l’ont confié que plus tard, mais c’est à ce moment-là qu’ils ont accepté l’idée que je devienne comédien.»

Théâtre et pilates

La matu en poche, Simon Romang intègre le Cours Florent à Paris, puis s’envole pour New York. Comme Sinatra, il a des envies de gratte-ciel, veut en être. Outre les cours de théâtre et un job de serveur, il se mettra au modern jazz… et aux pilates. C’est ce qu’il retient de son séjour américain. «Ça a complètement changé mon rapport à mon corps, la manière dont je bouge.»

Une discipline mi-muscles mi-yoga que le Vaudois – et à ce stade, on ne peut se retenir de pouffer de surprise – finira même par enseigner à son retour en Suisse, en 2009. «J’ai débarqué au Pilates Studio de Nyon à 8h, avec mon diplôme, et j’ai demandé s’ils cherchaient quelqu’un, se souvient-il. La patronne m'a dit «OK» et je me suis retrouvé à donner un cours à une dizaine de dames ce matin-là.»

Ses amis sortent de l’Uni, trouvent leur voie quand Simon Romang, lui, commence sérieusement à douter que la sienne soit réaliste. «C’était une période un peu sombre.» A 26 ans, il est pourtant accepté à La Manufacture, la Haute Ecole des arts de la scène, à Lausanne. Il s’intègre peu à peu dans le milieu et, entre les pièces, commence à tâter de l’humour. D’abord au Swiss Comedy Club, puis avec le metteur en scène Georges Guerreiro, qui lui propose son aide pour affiner ses sketchs.

Le grand saut

Il se rêvait acteur classique et se révèle humoriste. Plus légère, plus populaire, cette scène-là lui plaît. «Mon frère m’a dit: «En tant que comédien, tu es bon. Mais quand tu es seul sur scène et que tu nous fais marrer, tu es meilleur que les autres.» Bon, c’est l’avis de mon frère, ça n’engage que lui…»

Au moment d’écrire son premier seul en scène, le thème s’impose presque de lui-même: sa famille «un peu tarée», l’éternelle ronde des bottes de paille et José, l’immigré espagnol créchant dans leur grange. Le soir de la première de Charrette!, au Théâtre du Pommier de Neuchâtel début 2017, Simon Romang n’en mène pas large. Pas de foin pour amortir le grand saut. «Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. Pas en tant que comédien, mais en tant qu’auteur.»

Sur scène, les blagues sont à son image: rythmées, bienveillantes et incarnées par des personnages colorés. Le monde agricole vu de l’intérieur, sans clichés. «Une famille de paysans m’a avoué être venue à reculons, de peur que le spectacle ne rie bêtement de la profession. Ce n’est pas le cas.»

Du pain sur la planche

Depuis, l’humoriste balade sa Charrette! dans toute la Suisse romande et récolte le fruit tant espéré: la reconnaissance du public et de ses pairs. Après l’avoir vu jouer, Blaise Bersinger lui propose de rejoindre sa Nouvelle Revue de Lausanne aux côtés de Laura Guerrero et Florence Annoni, sa compagne aujourd’hui.

Lire aussi: La «Nouvelle Revue de Lausanne» revient et décape

Rejoints cette année par Joseph Gorgoni, Simon Romang et son équipe enchaînent les supplémentaires. Six soirs par semaine jusqu’en janvier, un rythme effréné qui lui ferait presque tirer la langue. D’autant qu’il a du pain sur la planche: un nouveau seul en scène commandé par le Casino-Théâtre de Rolle (VD). Mais au moment de quitter l’humoriste, on est persuadé que le défi sera relevé, avec la souplesse du yogi et l’audace du torero.


Profil

1984 Naissance à Morges.

2004 Départ pour un voyage initiatique de 4 ans et demi, à Paris puis New York.

2017 Première de son seul en scène «Charrette!».

2018 Il joue dans la première «Nouvelle Revue de Lausanne».

2019 Remise du Prix SSA, Nouveau Talent Humour.

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