Classique

Simone Young, la baguette lyrique d’une cheffe australienne

Simone Young a su conférer ses couleurs à un répertoire postromantique inhabituel pour l’Orchestre de chambre de Lausanne

Australienne, née à Sydney de parents islandais et croate, Simone Young est aujourd’hui l’une des cheffes d’orchestre les plus cotées. Elle impose une autorité naturelle; elle dirige avec des gestes souples et ondulants. Très applaudie mardi soir à la Salle Métropole de Lausanne, elle accompagnait une jeune soprano sud-africaine, Elza van den Heever, dans Wagner et Strauss. Un répertoire postromantique que l’on n’associe pas habituellement à l’Orchestre de chambre de Lausanne.

Atmosphère bucolique et intimiste

La Siegfried-Idyll de Wagner (première pièce inscrite au programme) commence sur une note dolce. Cadeau de Noël et d’anniversaire de Richard Wagner à sa femme Cosima, créée le 25 décembre 1870 au matin dans la villa de Tribschen, près de Lucerne, cette pièce respire une atmosphère intimiste et bucolique très différente des grands éclats de ses opéras. On y trouve des thèmes empruntés à Siegfried. Mais tout cela est instrumenté avec une grande finesse – une finesse presque féminine qui n’exclut pas pour autant des montées en puissance.

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Simone Young, qui a fait carrière comme cheffe d’opéra à Sydney et Hambourg, saisit d’emblée la dimension lyrique de l’œuvre. Les cordes revêtent des textures soyeuses et les bois sont goûteux. De nombreux solos sont confiés aux instruments de l’orchestre (une trentaine de musiciens réunis sur scène), de sorte qu’on croirait entendre de la musique de chambre élargie. Si les attaques aux bois et aux cuivres sont parfois imprécises, la musique s’écoule avec beaucoup de naturel, ponctuée de bouffées de lyrisme. De forts accents contrastent avec des sections plus intimes, lesquelles forment l’esprit global de l’œuvre.

Une touche de contemporanéité

Composée en 2001, la sérénade pour seize instruments L’Heure bleue de Hans Werner Henze a de quoi surprendre. Cette pièce évoque par moments la seconde école de Vienne tout en développant un langage assez hardi. Ici aussi, les musiciens sont mis à contribution pour des parties solistes (très belle partie de cor anglais). Les lignes sont enchevêtrées dans un brouillage de plus en plus suffocant. Mais la pièce s’arrête de manière subite, en pleine tension harmonique, alors qu’elle pourrait se développer davantage. Curieuse impression.

Grande, au physique statuaire, la jeune soprano sud-africaine était au cœur de la seconde partie. Elle commence par chanter Wiegenlied (Berceuse) de Strauss. Le timbre est charnu, délicat, moiré, avec une ligne vocale admirablement suspendue. Puis elle s’embarque dans les Wesendonck-Lieder de Wagner orchestrés par Felix Mottl.

Rondeur et velouté du timbre

A nouveau, la ligne de chant est souveraine, avec une forme de retenue qui fait merveille dans les nuances piano. Le troisième lied («Im Treibhaus») baigne dans une volupté crépusculaire, sombre et lumineux à la fois. Le quatrième revêt plus d’éclat jusqu’à l’ultime lied flottant dans des sphères lunaires («Traüme»). Après avoir chanté Morgen de Strauss, toujours avec cette rondeur de timbre caractéristique, Elza van den Heever donne sa pleine voix dans un bis: le lied Zueignung de Strauss accompagné par Simone Young qui a troqué sa baguette pour le piano. Très beau duo des deux femmes. Un concert de haute volée avec un programme sortant des canons habituels de l’OCL.

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