Livres

La simple sensation de vivre

John Burnside met en scène, avec chaleur et délicatesse, la rencontre salvatrice d’une jeune femme et d’une vieille dame

Il y a des livres qui vous traitent avec la bienveillance d’une aïeule attentive. Le bruit du dégel de l’écrivain et poète écossais John Burnside (Scintillation, Les empreintes du diable, Un mensonge sur mon père) en fait partie.

Kate, étudiante à la dérive qui vient de perdre son père et narratrice de ce roman très attachant, a grand besoin de secours lorsqu’elle rencontre par hasard Jean Culver, une vieille dame chaleureuse et surprenante.

Kate traîne ses gueules de bois de fêtarde paumée de porte à porte, pour le compte de Laurits, son colocataire et petit ami, artiste, cinéaste et anthropologue autoproclamé qui l’envoie chez les gens pour leur poser des «questions du genre: quel est votre plus beau souvenir d’enfance? Quel fut votre moment le plus heureux? Si vous deviez renaître sous une autre forme, laquelle choisiriez-vous?» A charge pour elle de lui restituer leurs propos, dont il fera – peut-être – un film.

Territoire sacré

C’est par hasard, au terme d’une de ces déambulations loufoques, que Kate rencontre Jean, dans sa maison, nichée au fond d’un jardin peuplé de grands arbres. Un abri magique au fond d’un petit bois, où elle entre, où elle reviendra souvent. Les deux femmes iront aussi, plus tard, au Territoire sacré, un café confortable, nouveau refuge pour Kate.

Le bruit du dégel est l’histoire de l’amitié qui très vite relie une vieille femme qui a appris à mener sa vie avec art et cette jeune fille à la dérive qui erre dans la sienne en quête de sens. Lors de cette première rencontre, Jean ne répond pas au questionnaire de Kate. Mais le livre, oui. De Jean à Kate, c’est une science de la vie, de l’être au monde qui se transmet. «Et toutes les grandes aventures», dira Jean à Kate, «eh bien, elles ne sont pas si fantastiques à vivre sur le moment. – Elle me dévisagea attentivement – Ça, vous ne le savez pas encore, dit-elle. Mais vous avez le temps. Et ensuite, je vous l’assure, les choses deviennent bien plus claires qu’on l’avait jamais espéré.»

Un héritage

Les récits de Jean, comptes rendus passionnés d’une existence qui ne fut pas toujours heureuse mais néanmoins semée d’amour, de bonheurs et de force, constituent au bout du compte une sorte d’héritage. Orpheline de mère, ayant perdu récemment son père, Kate trouve en Jean une sorte de nouveau parent, une personne à écouter, à aider et surtout à aimer.

Et peu à peu, au fur et à mesure que Jean s’affaiblit et s’éloigne, Kate s’ouvre et revient au monde, forte de ce que lui ont appris son amie et les poètes: «Je me rappelle ce qu’a dit Emily Dickinson, que la simple sensation de vivre est une joie en soi.»


John Burnside, «Le bruit du dégel», traduit de l’anglais (Ecosse) par Catherine Richard-Mas, Métailié, 362 p.

Publicité