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Il s’appelle Jean-Pascal Zadi, il a 38 ans et il est en colère parce que les Noirs n’ont pas encore trouvé leur place dans la société française. Pour remédier à cette injustice, il a l’idée d’organiser une marche des fiertés noires. Suivi par un cinéaste, il part battre le rappel des représentants de la communauté. Il peine à soulever l’enthousiasme, découvrant qu’il existe plus de 50 nuances de noir…

Réalisateur de clips et de «petits nanars» (Cramé, African Gangster…) comme il dit, Jean-Pascal Zadi, bientôt 40 ans, tient son propre rôle. Il s’est associé au réalisateur John Wax pour produire ce faux documentaire vraie comédie qui rassemble le ban et l’arrière-ban des personnalités de couleur croissant et se multipliant enfin dans le paysage culturel français. Ils ont répondu présent et accepté de jouer leur personnage – en forçant un tantinet le trait.

«Bamboula, macaque»

L’humoriste Claudia Tagbo engueule d’entrée le candide missionnaire qui a émis des réserves sur son humour; elle se moque de sa dentition, car JP a indéniablement de l’avance sur le gâteau, et à comparer les indices de noirceur pourquoi ne pas railler les défauts physiques? Au cours de son pèlerinage, JP rencontre autant d’embûches qu’il y a de personnalités et de sensibilités. Il se réclame des Dardenne et de Ken Loach, on l’accuse de faire «un film de Bounty».

Fadily Camara ne supporte pas d’être étiquetée «journaliste noire»: elle est journaliste, point barre. Fary, qui a réussi, est imbu de lui-même. Le métis Eric Judor nie son ascendance noire, affirme être autrichien puis, se faisant violence, parvient à dire: «Je suis Noir»; c’est le retour du refoulé, il braille dans un crescendo irrépressible: «Je suis un putain de nègre, bamboula, macaque…» Mathieu Kassovitz cherche un comédien pour tenir le rôle d’un cannibale – hélas! JP est un peu trop clair pour incarner la sauvagerie primitive. Les réalisateurs Lucien Jean-Baptiste (La Première Etoile) et Fabrice Eboué (Le Crocodile du Botswanga) en viennent aux mains. Quant à Omar Sy, au sommet de la puissance et de la gloire, il travaille sur un projet de cryptomonnaie en Afrique…

Touche politique

La scène la plus dingue se déroule dans le salon de Ramzy Bedia. Celui-ci accueille le projet de marche avec enthousiasme et propose d’y intégrer les beurs. «Les juifs aussi!» préconise Jonathan Cohen. «Et des imams!» lance un dernier convive dans un immense élan d’œcuménisme racial et religieux dont on mesure pleinement les limites.

D’un point de vue cinématographique, Tout simplement noir vole à peine plus haut que Les Clefs de bagnole, de Laurent Baffie. C’est sans importance. L’inattendue drôlerie de ce documenteur, imaginé en 2015 et sortant en pleine effervescence antiraciste, l’emporte sur toute autre considération. Le refus du politiquement correct, l’affirmation impavide de l’autodérision, l’art de rappeler la diversité de la diversité posent ce film en antidote contre les dérives communautaristes.

La plaisanterie révèle in fine sa touche politique. Il n’y a que 30 personnes à la marche de JP, mais ce sont des amis. Ils prennent ensemble une revanche sur l’histoire, car le 26 août 1944, à la Libération de Paris, de Gaulle n’avait pas autorisé les tirailleurs sénégalais à défiler sur les Champs-Elysées…


Tout simplement noir, de John Wax et Jean-Pascal Zadi, avec Jean-Pascal Zadi, Fary, Claudia Tagbo, JoeyStarr, France, 1h30.