Primé dans les festivals d’Edimbourg et de Sundance, le premier long-métrage écrit et réalisé par le jeune Californien Cary Joji Fukunaga a beau déployer une mise en scène ample et un lyrisme plutôt rare, il ne parvient pas à éviter un sentiment de déjà-vu. De même qu’une certaine roublardise. Le cinéaste cherche en effet à taper fort, pour s’ouvrir sans doute les portes de Hollywood. Et ça se sent: à marcher sur les traces des Latino-Américains Fernando Meirelles (City of God) et Alejandro Gonzalez Iñarritu (Amores Perros), qui ont à présent leur ticket dans l’industrie, Fukunaga perd en chemin une part de sincérité. La vérité qui transpire d’un film ne saurait en effet se limiter aux aspirations professionnelles de son auteur.

Maestria de la mise en scène

Cela posé en préambule, Sin Nombre n’en est pas moins un ouvrage d’une grande intensité qui se distingue d’abord par la maestria de sa mise en scène. Plutôt que par celle de son scénario, assez téléphoné. Selon le principe des destins croisés dont Iñarritu use (et abuse), le film de Fukunaga raconte en effet la rencontre, en milieu de film seulement, de deux jeunes Sud-Américains qui cherchent à passer illégalement aux Etats-Unis: la Hondurienne Sayra, qui accompagne son frère et son oncle vers des jours meilleurs, et le Mexicain Casper, membre du gang de la Mara qui fuit après avoir tué l’un de ses chefs, assassin de sa petite amie. Leur rencontre, puis leur idylle ont pour cadre ces trains où les clandestins se glissent, rusant pour éviter la police ou les pillards des mafias locales.

Désir de faire beau

Chronique d’un exode donc, Sin Nombre redonne à ces trains et aux voies ferrées une place parmi les plus beaux décors de cinéma. Et il suffit de s’interroger une seconde sur la mise en place qu’a nécessitée chaque plan, dans cette tragédie en mouvement constant, pour mesurer le talent de Fukunaga. Mais, à vouloir faire beau, le cinéaste cède également un peu trop à l’esthétisme, y compris dans la violence graphique. Un futur grand du film d’action plutôt que de la douleur intime.

Sin Nombre, de Cary Joji Fukunaga (USA, Mexique 2009), avec Gerardo Taracena, Felipe Castro, Héctor Jiménez, Emilio Miranda. 1h36.