Sincérité d’une voix

David Greilsammer accompagnait Véronique Gens jeudi soir à Genève

Jeudi soir au Victoria Hall de Genève, David Greilsammer insufflait une énergie roborative à la Symphonie «Haffner» de Mozart à la tête du Geneva Camerata. La nervosité du trait et l’allégement du tissu orchestral inscrivent cette lecture dans le droit fil des interprétations «historiquement informées». Tout en restant assez rythmique, le chef israélien se montre plus souple dans la façon de faire respirer la phrase mozartienne qu’il y a quelques années. L’orchestre sonne vif, en dépit de plusieurs couacs aux cors.

L’Ouverture de Coriolan de Beethoven jouée en deuxième partie, en revanche, paraît trop raide et métrique. Les attaques y sont trop peu variées. Quant à la création du compositeur suisse Michael Pelzel, intitulée Chatoiement de l’air, on y relève un certain métier dans le traitement des sons. Mais les emprunts à d’autres compositeurs, comme Ligeti, semblent trop patents pour avoir le sentiment d’être en présence d’une forte personnalité.

Véronique Gens était l’étoile vocale de la soirée. La soprano française chante avec une belle plénitude de timbre, même si l’on relève quelques inégalités de registre sur l’étendue de la tessiture. L’aisance dans l’aigu (alors que les graves sont plus aléatoires), la tenue de la ligne, la noblesse et sa sensibilité éclatent dans un air comme «Je t’implore et je tremble» d’ Iphigénie en Tauride de Gluck. Si elle se fourvoie dans «The Man I Love» de Ger­shwin, elle domine avec aplomb le grand air «Come scoglio» de Così fan tutte – avec ses éprouvants sauts de registre. En bis, elle chante les deux airs de Chérubin des Noces de Figaro . «Voi che sapete» est interprété davantage dans l’esprit d’une Donna Anna que d’un adolescent transi d’émotion… Il n’empêche que la voix demeure belle et d’une grande sincérité.