Polar

Sinistres crimes dans une Grèce marquée par la crise

Dans la nouvelle enquête de son commissaire Charitos, Petros Markaris tisse une enquête redoutablement lisible, sur fond de délitement économique

Genre: Polar
Qui ? Petros Markaris
Titre: Liquidations à la grecque
Traduit du grec par Michel Volkovitch
Chez qui ? Seuil, 336 p.

La finance a perdu la tête. Au sens littéral: à Athènes, l’ancien président de la Banque centrale – une banque privée, pas celle d’Etat – est retrouvé parmi les fleurs de son jardin sans vie… et sans tête. Celle-ci repose au pied d’un pommier. Alors que la Grèce s’enfonce dans la crise, il ne sera pas la seule victime. Et voici que les murs d’Athènes sont recouverts par des affiches invitant la population à ne pas rembourser ses dettes ou ses montants dus sur les cartes de crédit. Panique chez les officiels, lesquels se passeraient bien de tels drames alors que la troïka fait plier le pays.

Le commissaire Charitos enquête, alors qu’il vient à peine de marier sa fille. Et que, dans les discussions autour d’un café entre collègues, le seul sujet de conversation demeure les coupes dans les salaires et l’allongement de l’âge de la retraite… Avec son personnage de Charitos, et d’autres qui défilent dans ses romans, Petros Markaris, aussi scénariste pour Theodoros Angelopoulos – notamment de son prochain film – ainsi qu’auteur de fiction TV, installe «une humanité profonde», plaide en postface son traducteur, Michel Volkovitch. Ce qui se défend. La relative bonhomie de Charitos, qui narre avec précision ses difficultés à circuler dans la capitale et qui lit quelques articles de dictionnaire le soir au lit, fait contrepoint avec cette Grèce souffrante que l’auteur prend pour toile de fond. En insistant sans lourdeur sur les craintes d’une population aux abois. D’une grande lisibilité, cette enquête sur des meurtres pourtant sinistres promène son lecteur dans le pays décrié. Une patrie, et une cité, présentées avec un fort sens du détail urbain, dans leurs multiples facettes et débats. Une fiction du moment.

Publicité