Ouverture

La musique adoucissant les mœurs, un austère mais mélomane économiste décide en 1975 de lancer El Sistema au Venezuela, une organisation publique destinée à populariser la musique classique chez les jeunes notamment des «barrios» mal famés, dont beaucoup sont guettés par la délinquance, la violence et le chômage. En échange José Antonio Abreu leur offre l’apprentissage du travail de groupe, le respect, et l’écoute.

Allegretto

Le système se développe. Les plus jeunes musiciens du Sistema ont deux ans, ils découvrent les portées, les rondes et les noires, et des instruments en carton. Les plus grands alternent école traditionnelle le matin, et musique l’après-midi. Tout est gratuit pour les enfants et leurs familles, financé par des mairies réticentes puis conquises, et par l’Etat.

Aujourd’hui le Venezuela compte 157 orchestres de jeunes, 136 écoles de musiques et conservatoires. Les prévisions les plus optimistes ont calculé qu’en conservant son rythme actuel de développement, le pays pourrait compter 500 000 jeunes pratiquant la musique classique d’ici 2015. Pas étonnant que Simon Rattle lui-même ait déclaré que «l’avenir de la musique classique était au Venezuela».

Récitatif

Le Sistema a aussi conquis ses lettres de noblesse grâce à la personnalité hors du commun du chef de l’orchestre au sommet de l’édifice, l’orchestre Simon Bolivar: Gustavo Dudamel, 28 ans, enfant de deux parents musiciens, et élève à ses débuts de José Antonio Abreu. Gagnant du Prix Gustav Mahler en 2004, admiré par ses pairs, c’est lui qui a obtenu la reconnaissance internationale pour le Sistema, un formidable projet social et éducatif qui s’est transformé en un authentique projet musical et artistique. Le jeune chef est acclamé et réclamé par les plus grands bastions du classique comme en Europe la Scala, les Proms, Salzbourg ou la salle Pleyel, ou le philharmonique de Los Angeles, le prestigieux orchestre dont il est devenu début octobre le nouveau chef attitré.

Bravissimo

Le succès de la tournée dont la partie européenne s’achève ce soir est un signe supplémentaire de l’engouement que suscitent Gustavo Dudamel et ses petits musiciens. Los Angeles, Vienne, Milan, Paris – partout les critiques sont élogieux, partout le public entonne pour un soir des vivats autrement plutôt rares dans les antres classiques.

Signe que la petite musique du sud peut changer celle du nord: Gustavo Dudamel vient de lancer un programme semblable à Sistema – à Los Angeles.

■ A écouter ce soir: concert salle Pleyel. Gustavo Dudamel dirigera deux orchestres: l’Orchestre Philharmonique de Radio France, l’Orchestre Simon Bolivar des Jeunes du Venezuela, puis les deux ensembles réunis pour une Symphonie probablement vraiment fantastique. En direct sur les sites de Radio France

■ A regarder sur le net: près de 2000 extraits vidéo sont accessibles. Parmi eux un mambo de Leonard Berstein

■ A regarder lundi 26 octobre, 22h45, sur Arte: La musique, avenir du Venezuela. documentaire de Maria Stodtmeier et Paul Smaczny. La chaîne franco-allemande a consacré toute une partie de sa programmation d’octobre à Gustavo Dudamel.

■ A lire: un très bel article de Nathalie Kraft sur Rue 89. un Sistema et toute la jeunesse s’éprend de classique