Même si le film de 1992 n’a pas pris une ride, Sister Act a eu plusieurs belles vies après Whoopi Goldberg. Une vie sur la scène américaine de Broadway dès 2006, une vie parisienne au Théâtre Mogador dès 2012 et, depuis novembre dernier, une vie romande au Théâtre Barnabé, à Servion. Chaque fois, c’est le même succès, le même miracle pourrait-on dire, vu la piété (relative) du sujet. Depuis le début des représentations vaudoises, 12 520 personnes ont applaudi les frasques de Dolores Van Cartier et de sa troupe de nonnes en folie.

«C’est un de nos plus gros cartons, confirme la codirectrice des lieux, Céline Rey. Le 9 février prochain, au terme des représentations, on dépassera les 13 000 spectateurs. Si les artistes et les techniciens n’étaient pas engagés ailleurs, on pourrait encore remplir un mois sans difficulté.» De fait, emmenée par la chanteuse Tyssa, la troupe de comédiens, chanteurs et danseurs n’a vraiment rien à envier à ses prédécesseurs. Et la musique composée par le surdoué Alan Menken et jouée en live par le VKFFB Backing Band ajoute encore au swing de la soirée. «Dieu merci c’est trop bon d’être une nonne», chantent les bonnes sœurs en chœur. On les envie presque...

Choc de deux univers opposés

L’histoire, vous la connaissez. Dolores Van Cartier (Tyssa, puissante), diva du disco dans un cabaret de Philadelphie, surprend son petit ami et grand mafieux, Curtis Jackson (Michael Souschek, pimenté), en train de régler son compte à une balance. La chanteuse est poursuivie par les hommes de Curtis et se réfugie auprès de la police, où elle retrouve un admirateur d’enfance, Eddy la sueur (Kim Nicolas, parfait), qui la place dans un couvent pour la protéger et protéger également son témoignage qui pourra faire tomber le parrain.

Tout le comique de la situation tient dans la rencontre choc des deux univers. D’un côté les paillettes et le glam de Dolores, son franc-parler aussi. De l’autre, la rigueur et l’innocence des bonnes sœurs emmenées par la très sévère Mère supérieure (Stéphane Mösching, excellente). Comme dans le film, trois nonnes sortent du lot. La gironde Sœur Marie Patrick (Giliane Beguin, la joie communicative), la bizarre Sœur Marie Lazarus (Marie-Eve Fehlbaum, hilarante) et la timide Sœur Marie Robert (Loren Munoz, un groove d’enfer). Très vite, Dolores allume le couvent qui devient une célébrité aux news de la télé et enclenche la course-poursuite avec les hommes de Curtis (Fabrice Pasche, Gilles Guenat et Noam Perakis), qui se font drôlement balader. Parallèlement, on suit la conversion à la soul de Monseigneur O’Hara (Sarkis Ohanessian, parfait lui aussi), bien content de remplir à nouveau son église et de la sauver de la démolition.

Des larmes et de la folie

Mis en scène par Noam Perakis, directeur du Théâtre Barnabé, et chorégraphié par le brillant Gilles Guenat (il fallait le voir dans Les Producteurs, précédente création du Barnabé), le spectacle gagne très vite l’affection du public, qui manifeste son enthousiasme à chaque tutti et chaque solo. Bien sûr, impossible de chanter les titres en français qui ne sont pas aussi connus que le tube du film I Will Follow Him, lequel a, de toute façon, été réécrit par Alan Menken pour les versions scéniques.

Mais avec Suis ta voie!, de Dolores, immédiatement repris par le chœur des sœurs, la salle s’embrase déjà. Eddie la sueur émeut en souhaitant «être un autre» plus viril et plus sexy. Et bien avant, la Mère supérieure tire les larmes en vantant la vie à l’abri «dans cette forteresse» qu’est le couvent. Dans le solo de la discrète Sœur Marie Robert sur ce qu’elle n’a jamais osé faire, on reconnaît l’auteur de La Petite Sirène, et cette manière d’envelopper musicalement le sentiment. Ce qui l’emporte, bien sûr, c’est le dynamisme des morceaux les plus jazzy, groovy et disco qui mettent le feu au plateau. Sister Act raconte l’amitié plus forte que la peur et les préjugés. On en redemande!


Sister Act, jusqu’au 9 février, Théâtre Barnabé, Servion.