«Un vieil ami me conseillait de planter des fleurs pour faire venir les papillons, d'entasser des rochers pour faire venir les nuages et de construire une terrasse pour faire venir la lune», écrit Siu Pham, dans l'un de ces poèmes dont elle a le secret. Manière de dire qu'elle s'adonne à la peinture pour réaliser son destin de «geisha», c'est-à-dire de femme d'abord, cultivée ensuite, «l'égale des hommes de lettres». Peut-être pourrait-elle ajouter qu'elle écrit pour faire venir la peinture, tant les phrases – autant de poèmes ou de haïkus – qui jalonnent l'exposition semblent être le ferment de l'œuvre peint. Celle-ci se décline le plus souvent sur le support d'une photographie.

Les motifs sont empruntés à la vie quotidienne. Coins de rues, murs, la pluie, et puis des visages de stars, des dos nus. Siu Pham intervient avec délicatesse sur ces images, dont elle relève, au moyen du pinceau, de l'encre de Chine ou de la peinture acrylique, voire du feutre, le pouvoir de mélancolie, mais aussi la fantaisie. Taches, signes calligraphiques ou montages photographiques disent une attention à l'autre, doublée d'un demi-aveu de soi-même, qui touche. La tradition dont est issue cette artiste d'origine vietnamienne, qui vit à Nyon, revient en force dans ses poèmes qui prennent la forme d'une «lettre à une amie» ou se présentent comme des associations d'idées, dont le point de départ est le jour particulier d'une fête des morts.

Quelques compositions, parmi la cinquantaine exposée, expriment la fragilité des phénomènes naturels, au moyen de collages abstraits sur papier façonné à la main; pigments, feuilles mortes ou papier jeans se combinent avec simplicité pour exprimer la lune et son ombre ou dire le manque qui habite tout un chacun.

Siu Pham: Centre d'art en l'Ile (place de l'Ile 1, Genève, tél. 022/312 12 30).

Ma-ve 13-19h, sa-di 11-17h.

Jusqu'au 1er avril.