«La Marseillaise», depuis 1792

Le plus universel des hymnes nationaux a été, dès ses premières exécutions, le chant de ralliement pour les troupes venues défendre la jeune République française, en danger de mort en 1792. Du bataillon de volontaires lyonnais à celui des Marseillais, les acteurs guerriers l’entonnent en même temps qu’ils écrivent une page de l’histoire de France. Dans le conflit qui oppose la République à l’Autriche, «La Marseillaise» suscite et accompagne un élan patriotique décisif. Parodié dès sa naissance, détourné et interdit au gré des régimes qui se succèdent, ce chant porte en lui le poids de l’histoire.

«Lili Marleen», depuis 1939

Elle a fait pleurer des millions d’Allemands et d’Anglais, tous engloutis par la puissante charge de mélancolie et de désespoir que dégage cette chanson. «Lili Marleen» a traversé les fronts de la Seconde Guerre mondiale, en allemand d’abord, chantée dès 1939 par Lale Andersen.

Elle a rebondi ensuite dans le camp des Alliés lorsque Marlene Dietrich s’en empara en 1943 pour la parer d’une tristesse insondable, dans la version anglaise. Etrange destin, globalisé dirait-on aujourd’hui, pour une chanson qu’on associe immédiatement à l’histoire tragique d’un conflit planétaire.

«Déshabillez-moi», Juliette Gréco, 1967

Avant le vent libérateur de mai 68, un autre vent, annonciateur celui-là, se lève grâce au plus grand tube commis par Juliette Gréco. «Déshabillez-moi» met en scène la fierté à peine voilée d’une femme qui joue astucieusement avec son pouvoir de séduction et sa charge érotique. Ni détours ni pudeur. Outrage.

Le texte est en avance sur son temps, ce qui vaut à cette chanson une interdiction d’antenne à peu près générale en France et une attention particulière des censeurs. Une année après sa sortie, en 1968, le morceau passera partout, sans encombre.

«Say It Loud - I’m Black and I’m Proud», James Brown, 1968

Depuis des années, James Brown enchaîne les tubes imparables et se définit lui-même comme «le plus dur travailleur du show-business». Alors, quand il se décide enfin, en 1968, à apporter sa contribution à la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis avec «Say It Loud – I’m Black and I’m Proud», cela provoque un tremblement de terre sans précédent. La fierté des Noirs, que des figures comme Malcolm X et Martin Luther King s’emploient à éveiller, trouve dans cette chanson un puissant prolongement qui contribue à abattre la ségrégation. Quand l’émancipation passe par le funk.

«Fight the Power», Public Enemy, 1989

Avant les dérives du gangsta rap et celles, toujours en cours, du bling-bling et du machisme, le rap a connu des instants de grâce planétaire, enragée et revendicative. S’il fallait isoler le symbole des luttes intentées par cette mouvance musicale longtemps marginale, ce serait «Fight the Power». Un brûlot politique qui se range du côté de la communauté noire des Etats-Unis et des déshérités en général. On a cru, avec Public Enemy, qu’une nouvelle vague civique, semblable à celles des années 1960, allait prendre forme. Une promesse très vite édulcorée par la récupération qu’en fit l’industrie du disque.

«Clandestino», Manu Chao, 1998

C’est le chant d’un garçon au bonnet péruvien qui ouvre la porte à une musique globale, sans frontières. Manu Chao bricole ses musiques avec des bouts de ficelle technologiques trimbalées dans son sac à dos. Il sillonne la planète, se nourrissant d’une multitude d’influences. Son message, que «Clandestino» porte sur la plus haute marche, fera des émules auprès des altermondialistes et du premier Forum social mondial, à Porto Alegre en 2001. Un autre monde? Manu Chao a dit oui, en mettant en musique un débat qui a toujours cours.