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Six perles de cinéma fantastique repérées au NIFFF

Le Festival du film fantastique de Neuchâtel représente un trésor d’œuvres qui ne sortiront pas en Suisse. D'un biopic de Mary Shelley par une Saoudienne à une superbe évocation des orphelins de la guerre contre la drogue au Mexique, quelques coups de cœur

Il faut farfouiller dans les méandres du Web, les sites de streaming – guetter Amazon Prime Vidéo, notamment – et suivre les sorties en DVD. Chaque année, parmi ses diverses sections, le Festival du film fantastique de Neuchâtel propose des pépites qui ne sortiront pas en salles. En voici quelques-unes, pêche subjective de la cuvée 2018.

Le palmarès de cette édition 2018. Retrouvez aussi nos quatre conseils de l'année passée.


«Cornelius, le meunier hurlant», de Yann Le Quellec

Arrivant à la fin du monde, au bord de rochers en précipice, Cornelius s’installe sur une hauteur et bâtit son moulin. Il est accueilli triomphalement comme le nouveau meunier de la bourgade au bout de tout. La jolie fille du maire lui fait les yeux doux. Mais voilà: la nuit, il crie. Ce qui met la communauté sens dessus dessous, au point de le contraindre à l’exil. Adaptant un roman du finlandais Arto Paasilinna, Yann Le Quellec offre un conte hors du temps et de la mode, avec sa morale pertinente et, en bonus, une chanson d’ouverture et clôture par Iggy Pop.

Un autre film vu au NIFFF: «Operation Red Sea»: mieux vaut ne pas énerver l’armée chinoise


«Cutterhead», de Rasmus Kloster Bro

Attention, claustrophobie. L’attachée de presse du chantier du métro à Copenhague fait une visite des profondeurs pour mesurer le caractère international de l’équipe. Pas de chance, survient un gros problème technique qui contraint les deux ouvriers avec lesquels elle discutait à s’enfermer dans un tronçon du tunnel. Cutterhead représente un remarquable suspense tenu avec cohérence jusqu’au bout par un jeune cinéaste qui a bénéficié d’un nouveau programme de relève au Danemark. Pourquoi personne n’y a pensé pendant le percement du Gothard?

Un autre film de frissons: Avec «Hereditary», le NIFFF tient son film événement


«La femme la plus assassinée du monde», de Franck Ribière

L’histoire en grande partie authentique de Paula Maxa (Anna Mouglalis), actrice vedette du Grand Guignol dans les années 1930. Chaque soir, la comédienne était éventrée, décapitée ou pendue sur scène. Alors que des manifestations font rage contre ce théâtre de dépravés, un tueur sévit à Montmartre. Une attachante reconstitution du Grand Guignol, vénérable ancêtre de ce cinéma gore qui tache les écrans. Le film sera disponible sur Netflix en septembre.

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«One Cut of the Dead», de Ueda Shinichir

Voici le film le plus approximatif de l’année… au moins en apparence. One Cut of the Dead est d’abord un exécrable long-métrage de zombies qui envahissent le tournage d’un film de morts-vivants. La facture est bancale, les comédiens nuls, les zombies grotesques; du bon navet en plan-séquence secoué. Vient le générique de fin, puis les coulisses de ce nanar, qui vont montrer comment le ratage s’est fabriqué. Un exercice de style aussi déconcertant que jouissif, au bout du compte.


«Mary Shelley», de Haifaa Al-Mansour

La réalisatrice saoudienne Haifaa Al-Mansour réalisant, avec soin, un biopic de l’auteure de Frankenstein: surprenant? En fait, pas tant que ça. La femme du volage Shelley, parti en balade européenne avec le manipulateur Byron, apparaît là comme une force d’affirmation de la parole féminine en ce début du XIXe siècle. Ce qui paraît convaincant, d’autant que le scénario brille par son intelligence. A propos de la fameuse nuit qui donna, plus tard, Frankenstein ainsi que Le Vampire de Polidori, les puristes relèveront que la villa Diodati de Genève est représentée de manière complètement fausse, ici dans un château luxembourgeois. Mais dans ce cas, c’est un détail.

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«Tigers Are Not Afraid», d’Issa López

Notre coup de de cœur, qui aurait mérité le plus haut prix. La Mexicaine Issa López veut évoquer les enfants orphelins de la guerre contre la drogue au Mexique, et elle le fait d’une manière aussi touchante que brillante. Une jeune fille de 10 ans, qui vient de perdre sa mère, vit dans son monde, de fées et de monstres. Elle rejoint un clan de gamins délaissés, et apprend à vivre avec eux, en marge de tout, juniors effacés de la société. Cruauté de la situation et poésie de l’abandon, Tiger Are Not Afraid est un modèle d’évocation d’un drame national par l’imaginaire. Le film à voir ces temps, quelques semaines après l’élection mexicaine.


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