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Six séries prometteuses repérées au festival de Lille

Séries Mania se termine ce samedi dans la ville du nord, en ayant présenté des séries marquées par une forte prise avec les réalités politiques ou sociales du moment. Une sélection

Outre les séries d’Arte et autres chaînes publiques françaises, dont l’accès sous nos latitudes est évident, il y a une bonne nouvelle en cette fin du festival Séries Mania, à Lille: Canal+ a annoncé avoir acquis Chimerica, l’une des révélations de la manifestation du nord. Car hélas, les fictions présentées dans les deux principaux festivals, Lille puis Cannes, ne sont pas toujours visibles ensuite. Cette fois, le démarrage est encourageant. Une sélection parmi les échantillons présentés cette semaine à Lille.

■ Chimerica (Grande-Bretagne)

Créée par Luvy Kirkwood, l’œuvre mérite le prix du postulat le plus original, sur le plan politique. Cette mini-série en six épisodes de Channel 4 commence le 5 juin 1989 à Pékin, lorsqu’un photo-reporter qui suit les manifestations de la place Tian'anmen capte la fameuse scène de l’homme en chemise blanche qui se pose devant devant les chars pour les empêcher de rouler. En réalité, il y a eu plusieurs photos du même sujet; la scénariste invente un personnage, qu’elle place 30 ans plus tard en Syrie. De là, Lee (Alessandro Nivola ) revient à New York, où il travaille pour un journal qui bat de l’aile. Ayant gardé un ami à Pékin, il apprend soudain que le «Tank Man», l’homme de 1989, serait vivant, et vivrait aux Etats-Unis. Avec sa collègue Mel (Cherry Jones), et bientôt contre l’avis de leur patron – incarné par F. Murray Abraham, qui revient de Homeland –, Lee va chercher le mystérieux héros.

A travers cette traque, Chimerica veut, comme le fait son titre, imbriquer Chine et Amérique dans une fable au coeur des évolutions des deux puissances. Une promesse à découvrir, donc, bientôt sur Canal+.

■ Eden (France-Allemagne)

Une ambitieuse co-production franco-allemande sur la question des migrants en Europe, l’entreprise peut être vue comme audacieuse autant que périlleuse. Les bonnes intentions pourraient ramollir le propos, et le risque de l’euro-pudding menace. Les auteurs, avec Dominique Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien) parmi eux et à la réalisation, s’en sortent fort bien, notamment parce qu’Eden tente de bâtir une fresque à multiples niveaux.

L’histoire commence par le choc du débarquement d’un zodiac sur le rivage d’une île grecques, sous les yeux des touristes. Elle se poursuit à travers les manœuvres d’une directrice de camp de réfugiés (Sylvie Testud), de l’un des débarqués, d’un couple de Syriens qui arrive à Paris… Autant de facettes qui embrassent la problématique sans céder aux exigences de la fiction. Sur Arte les 2 et 9 mai.

Retrouvez notre sélection lilloise de 2018.

■ The Red Line (Etats-Unis)

Ce sera sans doute la grande série émotionnelle et sociale sur un réseau populaire américain cette année. A Chicago, un médecin qui faisait halte dans une épicerie attaquée par une braqueur, est tué par erreur par un policier. Le marie de la victime vit avec leur fille adoptive, dont la mère (ils l’ignorent) va se présenter à une élection locale. Noah Wyle (naguère, Urgences) porte ce personnage en deuil perpétuel, qui doit faire face aux questions pressantes de sa fille. En parallèle se pose la question de la justice, le policier étant bien entendu sur la sellette.

The Red Line joue sur ces divers registres et divise: simple tire-larme (on pleure sans cesse, dans cette série) sans grande profondeur ou véritable tentative d’aborder, sur une chaîne gratuite, des thématiques brûlantes telles que les bavures policières? Aux Etats-Unis, CBS la lancera le 28 avril.

■ La dernière vague (France)

C’est le pari français de l’année: une histoire de science-fiction, ou de variation climatique, sur les plages des Landes, en façade Atlantique, avec des disparitions et un mystérieux nuage. Dans un village où le surf domine comme ailleurs la pétanque, les amateurs vont offrir un spectacle. Au-dessus, la nébulosité prend la forme d’un cylindre éthéré. Lequel se met à rouler et emporte les surfeurs durant leur performance.

Les disparus reviennent quelques jours plus tard. Mais ils ne sont plus les mêmes. Et sont incapables de dire ce qu’ils ont traversé. Pis, voici que le nuage réapparaît… Curieux objet, cette Dernière vague démarre non sans défauts, mais l’ensemble tient notamment grâce à un rythme plutôt serré. Une promesse à mettre à l’épreuve durant l’année, sur France 2.


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■ The Virtues (Grande-Bretagne)

Le réalisme social et psychologique anglais à son plus haut niveau de qualité. Joseph (Stephen Graham) voit son fils, qui vit avec son ex-femme, partir en Australie. Il retombe dans l’alcool, fait voler sa fragile vie en éclats. Puis il part retrouver sa sœur, laquelle est convaincue qu’il est mort depuis longtemps. Tous deux avaient été recueillis dans un orphelinat. Hébergé par cette nouvelle famille, Joseph tente de se rebâtir alors que d’anciennes blessures remontent.

Avec la complicité de Jack Thorne (Monstre sacré, entre autres), le scénariste et réalisateur Shane Meadows (This is England) compose une chronique réaliste avec sa tonalité propre, entre précision intime et dérives en apnée.

■ Lambs of God (Australie)

Cette mini-série australienne en quatre parties, la plus chère de l’histoire du genre dans ce pays, constituera l’un des moments de plaisir pour les amateurs. Adaptation d’un roman dont elle étend les pistes, elle raconte les épreuves, voire les tortures, infligées par trois nonnes vivant dans un monde pré-électricité à un secrétaire épiscopal venu estimer la valeur de leur monastère. La bâtisse est en ruine, mais l’ensemble reste fort beau, accroché sur les falaises d’une île de Tasmanie, au sud du pays-continent.

Les trois religieuses vénèrent Sainte Agnès, elles voient dans leurs moutons des réincarnations de leurs sœurs disparues, et elles se racontent des contes de fée en tissant. Voici donc qu’arrive un homme, certes en soutane, mais porteur d’un projet bien pécuniaire… Le producteur résume le projet en disant qu'il s'agit de «Misery avec des nonnes sous phéromones», ce qui paraît assez exact. Il faudra patienter, la série ne sera dévoilée dans son pays que cet automne.


En vidéo: les autistes, nouveaux héros.

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