Il n'y a pas qu'Indiana Jones qui se soit fait désirer. En attendant le retour du plus fameux aventurier du cinéma postmoderne, Cannes fête celui d'un pionnier du cinéma dit moderne: le Polonais Jerzy Skolimowski (Walkover, La Barrière et Le Départ, dans les années 1960), primé ici même en 1978 (Le Cri du sorcier, Prix spécial du jury) et en 1982 (Travail au noir, Prix du scénario) mais porté disparu depuis 1991 (un Ferdydurke d'après Witold Gombrowicz, pas même montré en Suisse). Aperçu depuis, de-ci de-là, comme membre d'un jury ou comme acteur (il campait récemment l'oncle de Naomi Watts dans Les Promesses de l'aube de David Cronenberg), l'ancien collègue de Roman Polanski se terrait en Californie et peignait (son autre passion), atteint de misanthropie et de dégoût pour les contraintes du cinéma.

Après dix-sept ans de silence, c'est finalement le producteur portugais Paulo Branco qui a réussi à le faire revenir. Non pas avec Isabelle Huppert dans America d'après Susan Sontag, comme annoncé un temps, mais avec un petit film tourné en Pologne, sur un sujet original. Petit, Quatre Nuits avec Anna ne l'est évidemment qu'en termes de production, de casting et d'attentes commerciales. Car pour ce qui est de l'ambition artistique, c'est tout le contraire - un peu comme L'Homme sans âge de Francis Ford Coppola. Sauf qu'au lieu d'un film (trop) foisonnant, le résultat est cette fois d'une simplicité trompeuse.

Parti du fait divers d'un homme trop timide pour approcher la femme aimée et qui s'était introduit plusieurs nuits dans sa chambre, Skolimowski signe un drame bouleversant de l'incommunicabilité. Son antihérosest incinérateur de cadavres dans un hôpital sinistre de province et passe le plus clair de son temps à espionner une infirmière, Anna. La raison (ou plutôt la déraison) en est que quelques années plus tôt, il a été le témoin du viol de cette dernière par un inconnu, avant de s'enfuir lâchement. Jusqu'où va le mener cette obsession?

Là-dessus, le cinéaste a minutieusement bâti un faux suspense qui débouche sur un vrai film d'amour, teinté d'humour noir. Et la conclusion, préparée par des flash-back pleins de violence, n'en est que plus poignante, jusqu'à une dernière image carrément surréaliste qui voit l'auteur, 70 ans, renouer avec ses débuts. Bref, mine de rien, c'est très fort.

On a senti Olivier Père, directeur artistique de la Quinzaine des réalisateurs, pas peu fier de ce joli coup. Il n'a pas tort: difficile d'imaginer film plus adapté pour inaugurer cette section de «contre-programmation», née de la contestation de Mai 68.