Des disques par dizaines. Une présence remarquée sur de petits labels anglais, américains, canadiens et équatoriens. Un public dont les ramifications s'étendent jusqu'au Japon. Bien peu prophète en son pays, Francisco Meirino est l'une des figures les plus intrigantes de la scène musicale lausannoise. Diffusant depuis plusieurs années sa musique sous divers pseudonymes, le Lausannois publie aujourd'hui White Lies, deuxième album de chansons rock à paraître sous la dénomination de Slope. Un groupe à géométrie variable et à la carrière lacunaire, que le jeune homme réactive à l'occasion de concerts ou d'enregistrements.

De bric et de broc

Voix sombre et directe, arrangements de bric et de broc: les ballades mélancoliques de Slope oscillent entre l'esthétique lo-fi des premiers Smog et la pop artisanale de Calc ou Pavement, sans jamais sombrer dans l'imitation, fléau majeur de la scène helvétique. «J'essaie de faire en sorte que mes disques ne ressemblent pas à tel ou tel groupe, revendique Francisco Meirino. Comme nous sommes d'assez mauvais musiciens et que les titres ont été enregistrés en une prise, rarement deux, il y a des fausses notes, des erreurs, que j'ai volontairement laissées. Cela me semble plus humain.» Une spontanéité d'exécution manifeste tout au long de ce White Lies, dont l'inventivité mélodique n'a d'égale que l'aspect brut de sa conception. «Je sais à peine jouer de la guitare, je ne répète jamais. Cela ne m'intéresse pas, car mes idées viennent aussi de ce manque de pratique. On pense souvent que la technique musicale est quelque chose qui libère, qui permet de tout faire. Personnellement, cela me bloque.»

Parcours prolifique

D'où la relative rareté des productions Slope (deux albums, quelques titres épars) au sein d'un parcours particulièrement prolifique. «Ces disques me prennent énormément de temps. Il m'a fallu trois ans pour composer cet album. Avec mon projet électronique, sous le nom de Phroq, tout se passe de manière beaucoup plus rapide et facile.» Musique bruitiste, presque exclusivement réalisée à partir de sons de fichiers informatiques, Phroq touche paradoxalement davantage de monde que les chansons relativement accessibles de Slope. «Il y a un public restreint, mais très actif dans ce domaine, reconnaît Francisco Meirino. Publiés sous divers formats (vinyles, CDs ou CD-R), les parutions de Phroq circulent via Internet dans le monde entier, sans que leur auteur n'en conçoive aucune vanité. «Le bruit, c'est ludique. Comme je suis assez nerveux, cela me relaxe.»

White Lies

(Untitled/Gentlemen Records)

Slope en concert au Bleu Lézard

(rue Enning 10, Lausanne,

tél. et rens. 021/321 38 35).

Le 18 avril à 20h.