Le très efficace documentaire Netflix The Social Dilemma le démontre sans ambiguïté: les réseaux sociaux ont pris le pouvoir sur nos vies, en particulier celles des plus jeunes, et dictent la plupart de nos actions. De ce sujet grave, la compagnie Pré-Scriptum tire un spectacle léger, parfois piquant, jamais oppressant.

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A vrai dire, Interférences, que l’on peut voir jusqu’au 26 juin à l’Etincelle, à Genève, s’intéresse autant à l’objet smartphone – qui, d’ailleurs, dans une des scènes, devient même une personne – qu’à son emprise numérique. Paul Berrocal a nettement plus d’aisance et d’abattage que sa comparse Lia Léveillé Mettral, mais les deux comédiens, dirigés par Jérôme Richer, composent un couple attachant dont les relations parasitées par le maudit objet font écho à notre réalité.

Les fausses excuses du «ghosteur»

Il y a le coup de fil intempestif qui interrompt une déclaration de fond. Il y a la story Instagram d’un couple en vacances à Bali qui fait pâlir d’envie ceux qui sont restés au pays – le motif, associé à un dialogue sur l’adoption, revient en boucle. Il y a ces multiples messages laissés sans réponse avec décompensation à la clé de la demandeuse et fausses excuses du «ghosteur»: «Je suis sincèrement désolé si mon silence t’a fait paranoïer.» Ben, voyons.

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Il y a encore le repas au resto plombé par le conjoint plongé dans son écran, conjoint qui avait d’ailleurs avoué son addiction auparavant en comparant le smartphone à l’alcool. Ou encore cette séquence assez formidable où un personnage est débordé par Seagull, assistante intelligente qui, faute d’empathie, met le chaos dans sa vie.

Trop gentille pour marquer

Au service d’un spectacle malin, les situations sont bien pensées et bien brossées. D’un ton badin, les comédiens s’adressent directement au public et parviennent à tisser avec lui une jolie complicité. Mais la proposition reste trop gentille et légère pour vraiment marquer. Il manque une véritable inquiétude, une menace palpable qui rendent compte des dégâts du numérique sur nos vies.

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La forme aussi, sorte de catalogue de tous les parasitages possibles, est agréable, mais trop systématique pour déranger ou déplacer le spectateur. Et le jeu n’est pas toujours à son meilleur… Cela dit, comme l’a rappelé l’animatrice de l’Etincelle en début de spectacle, cette salle permet aux jeunes compagnies de faire leurs premiers pas. Les premiers pas de la Pré-Scriptum sont prometteurs.


Interférences, L’Etincelle, Genève, jusqu’au 26 juin.