Série TV

SMILF, ou les galères d'une mère célibataire

Nommée aux derniers Golden Globes, la série américaine, diffusée sur Canal+ dès mardi, dépeint le quotidien d'une jeune Américaine et son bambin, entre espoirs, fantasmes et frustrations. Réaliste et rafraîchissant

On vous l’accorde, l’acronyme est peu élégant (il pourrait se traduire, en français et en un poil moins vulgaire, par «mère célibataire avec laquelle j’aimerais bien coucher»). Mais la force de SMILF, série diffusée dès ce mardi sur Canal+, est justement qu’elle ne fait pas dans la dentelle. Plutôt dans le sweat-shirt de sport multicolore porté cinq jours d’affilée.

Sans pincettes, SMILF raconte le quotidien de Bridgette Bird, incarnée par Frankie Shaw (Stronger, Mr. Robot), actrice d’une vingtaine d’années à la carrière balbutiante qui tente, dans un minuscule appartement de la banlieue de Boston, de conjuguer une libido exaltée, un budget ultra-serré et la lourde tâche d’élever un bébé.

Humour piquant et scènes de sexe

Un gymkhana épuisant que Bridgette affronte bravement (la plupart du temps), épaulée par une galerie de personnages plutôt cocasses: Rafi, le père du petit, alcoolique en rémission qui s’affiche depuis peu au bras d’une belle Australienne; Tutu, la mère aimante et légèrement dépressive de Bridgette; ou encore Eliza, la bonne copine qui se filme en pleines séances de gloutonnerie pour satisfaire quelques fétichistes du web.

Au fil des épisodes d’une demi-heure, on suit les galères de cette jeune mère, paumée et légèrement frustrée, qui enchaîne les petits jobs comme les accès de boulimie. Flanquée d'une bande-son hip-hop, la série virevolte, sans transition, entre des dialogues drôles et piquants, des scènes de sexe loufoques et de vraies prises de conscience. Au point que le scénario peut sembler aussi éparpillé que son héroïne.

Vrais déboires

En ressort tout de même, et ce n'est pas rien, un propos cinglant et décomplexé sur la maternité. La pression, les faux pas, la culpabilité, les ras-le-bol aussi. Vigoureuse sans être carircaturale, la performance de Frankie Shaw, qui a également écrit et réalisé la série, s'avère rafraîchissante de réalisme. Peut-être parce que ces déboires sont en partie les siens. La jeune femme n'a que 22 ans lorsqu'elle donne naissance à son propre fils, né d'une relation tumultueuse avec l'acteur Mark Webber. Alors aspirante comédienne, Frankie Shaw trime pour lancer sa carrière, écumant les auditions avec son bambin à la main.

C'est cette période agitée qui lui inspirera SMILF, nommée par deux fois aux derniers Golden Globes, et son court-métrage éponyme, réalisé en 2015 déjà. Avec, entre les lignes, une seule et même question, que Frankie Shaw soulève souvent lors d'interviews: «les mères peuvent-elles rêver? Notre société les soutient-elle?»

Pied surprise

Être mère, c'est évidemment un rôle à plein temps que l'on endosse du mieux possible, entre angoisse et sérénité, passion et résignation. Une ambiguïté qu'illustre parfaitement SMILF, à l'instar de cette scène tirée du premier épisode: persuadée que l'accouchement a irrémédiablement déformé son corps, Bridgette invite chez elle un ex pour en avoir le cœur net.

Alors qu’ils sont en pleine action, l’amant sursaute et tombe du lit: il a aperçu un pied.  C'est celui du bébé, que Bridgette avait caché sous une couverture et qui dormait à côté d’eux. «On devrait faire ça une autre fois, quand il n’est pas là», lance le jeune homme en se rhabillant en quatrième vitesse. Réponse de Bridgette, mi-laconique, mi-paisible: «Il est toujours là».

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