La fin du monde hollywoodienne de la semaine réserve quelques surprises. Après Terminator Renaissance, 2012 et The Road, sans remonter jusqu’à Je suis une légende, vous ne vous sentiez pas encore prêt à remettre ça de crainte d’une overdose de violence, de spectaculaire et de noirceur? Reconsidérez. Le Livre d’Eli s’avère en effet vite plus proche de sources d’inspirations joyeusement «pulp» que des hautes sphères littéraires de The Road. Et ce n’est pas plus mal!

Paysages dévastés ou désertiques, couleurs désaturées et cadavres occasionnels, un homme en route qui se défend contre des bandes criminelles et anthropophages: le décor a certes un petit côté déjà vu. Mais après tout, ce dernier est justement le fonds de commerce des frères Hughes, jumeaux afro-américains peu connus sous nos latitudes mais qui s’étaient signalés en 2001 par leur adaptation du roman graphique d’Alan Moore From Hell, avec Johnny Depp dans le Londres de Jack l’Eventreur. A l’instar des Coen bros. ou d’un Tarantino, toutes proportions gardées, ces gars-là connaissent leurs classiques.

Au pays des aveugles

Dans un proche futur post-apocalyptique, Eli (Denzel Washington) voyage donc seul, guerrier accompli mû par une mission. Arrivé dans une bourgade de l’ouest, il se heurte bientôt à Carnegie (Gary Oldman), potentat local qui a réussi à y rétablir un semblant d’ordre. Devinant ce qui fait la force d’Eli, Carnegie tente de lui soustraire le Livre qu’il garde jalousement. Mais Eli parvient à s’échapper en compagnie de Solara, la fille de la maîtresse aveugle de Carnegie…

Pas de récompense à qui aura deviné quel est le livre en question (par contre, la surprise finale pourrait inspirer les parieurs). Il faut donc déjà se réjouir que ce scénario ne soit pas tombé entre les mains de Mel Gibson! Tout l’art des frères Hughes consiste en effet à maintenir une saine distance avec ce qui pourrait être pris pour un vibrant appel pour une refondation religieuse de l’Amérique. Parfois un peu d’action stylisée et de clins d’œil humoristiques ont du bon!

Ni trop légère ni trop poseuse, leur mise en scène évite aussi bien la violence complaisante que la bondieuserie béate. Derrière un solide Denzel Washington et un Gary Oldman théâtral à souhait, découvert lisant une biographie de Mussolini (mais c’est Mein Kampf qui est crédité au générique!), personne ne se soucie trop de crédibilité. Un mur arbore l’affiche défraîchie de A Boy and His Dog, série B apocalyptique de L.Q. Jones (1975) et un sbire sifflote des thèmes de Morricone.

D’un autre côté, les usages bons ou mauvais, passés et présents du Livre ne sont pas ignorés. La Bible revisitée via Mad Max, Sergio Leone et Zatoïchi, le samouraï aveugle? Plutôt amusant, le résultat vaut le coup d’œil!

Le Livre d’Eli (The Book of Eli), de Albert et Allen Hughes (USA 2009), avec Denzel Washington, Gary Oldman, Mila Kunis, Ray Stevenson, Jennifer Beals, Tom Waits, Michael Gambon, Malcolm McDowell.1h58.