Publié en 1977, «Soft Goulag» relate une journée dans la vie d’Ad et Ev, rapportée par un thésard, qui écrit dans une langue scolaire comique. On est en Illinois: l’auteur, le Chaux-de-Fonnier Yves Velan (1925) rentre d’un séjour universitaire aux Etats-Unis et écrit son Meilleur des mondes. Mais on pourrait être n’importe où en Occident. Dans une société sans mémoire et dans un futur indéterminé, la vie des individus est réglée pour le bien de tous par des lois qui ont été votées et ne sauraient être remises en question. Un système de dette et de vérification maintient une docilité parfaitement intériorisée, dans une société aux hiérarchies bien établies. Tout élément étranger est perturbateur et rejeté. Même l’humour est régi par des normes. La télévision – le «récit-montré» – a remplacé le «récit-écrit», réservé aux savants. Les droits et les devoirs sont strictement limités, particulièrement celui de procréer. Ad et Ev vont se le voir attribuer, puis retirer au cours d’une journée particulière. En quarante ans, ce «goulag mou» n’a rien perdu de son efficacité et de sa justesse. En 1959, Yves Velan fait sensation avec Je, la confession d’un jeune pasteur tenté par le communisme. Suit «La Statue de Condillac» retouchée (1973). Un troisième roman, toujours repris, jamais publié, devrait enfin sortir, l’auteur l’aurait autorisé. On s’en réjouit.


***Yves Velan, «Soft Goulag», Zoé, 222 p.