Culture

Ce soir, Athènes revisite les mythes de la Grèce antique

La cérémonie d'ouverture des Jeux d'Athènes est diffusée à partir de 19h45 sur TSR2 et France 2. Ce grand spectacle, conçu par le chorégraphe Dimitris Papaioannou, s'annonce comme une version «conceptuelle» de grands thèmes de l'Antiquité. Il sera vu par 4 milliards de téléspectateurs à travers le monde.

Ce soir, pour la cérémonie d'ouverture des Jeux d'Athènes, Nikos Aliagas (de la Star Academy) sera en bleu de travail, marteau à la main. Ce n'est pas le clou du spectacle, mais un joli pied de nez des organisateurs: alors que les ouvriers auront serré des boulons jusqu'au dernier moment, aujourd'hui tout semble enfin prêt pour donner le coup d'envoi de l'événement dans le stade olympique. Le présentateur franco-grec de TF1 a été choisi pour animer la première partie de cette soirée qui sera suivie dans le monde entier par quatre milliards de téléspectateurs. «On ne me verra que très peu à l'écran, précise-t-il. Je serai surtout là pour faire monter l'ambiance. Ensuite, le vrai spectacle commencera.»

Malgré le secret qui entoure depuis deux ans les préparatifs, les principaux thèmes de la cérémonie sont désormais connus: l'eau, le feu, le bleu et le blanc, couleurs de la Grèce, le mythe de la Toison d'or… Ces dernières semaines, quasiment tous les détails de la représentation ont filtré. Des informations d'autant plus faciles à obtenir que les Grecs sont plutôt bavards… Un volontaire des Jeux confiait ainsi, hier, que la chanteuse islandaise Björk serait de la partie. Quant aux journaux athéniens, certains sont allés jusqu'à diffuser des photos de la dernière grande répétition.

«Rien n'est gâché, la surprise est toujours là», assure le jeune chorégraphe grec Dimitris Papaioannou. C'est lui qui a conçu la cérémonie, ainsi que celle qui clôturera les Jeux le 29 août prochain. Très respecté dans le milieu de la danse contemporaine, cet artiste aux multiples facettes – il est aussi sculpteur, styliste, décorateur et dessinateur de bande dessinée – avait été remarqué lors de la Biennale de Lyon en 1998 avec Medea, une adaptation avant-gardiste de Jason et les Argonautes. L'eau occupait alors une grande place dans la pièce, jusqu'à inonder soudain la scène. Dans de plus larges proportions, l'élément liquide sera également présent ce soir, jaillissant d'un immense trou creusé pour l'occasion au centre du stade olympique.

Avec cette cérémonie, Dimitris Papaioannou s'attaque pour la première fois à un spectacle grand public. Très pointilleux sur la qualité, il cite comme principale référence le travail de Philippe Decouflé, aux JO d'Albertville en 1992. «Ce sont tous deux de très bons chorégraphes qui savent parfaitement maîtriser l'espace, mais leur approche de la danse est complètement différente, analyse le Grec George Loukos, directeur du Ballet de l'Opéra de Lyon. Alors que Philippe s'inspire des arts du cirque, Dimitris, lui, est beaucoup plus conceptuel.» Conceptuel au risque d'être ennuyeux? «Je ne suis pas sûre d'avoir très bien compris le message. J'ai trouvé cela un peu lent, un peu ennuyeux, constate une Française invitée à la générale. Mais tous les Grecs qui étaient présents ont adoré.»

«Dimitris Papaioannou s'est fixé des contraintes absolument dingues: il a choisi de traiter des grands mythes de l'histoire grecque avec un regard très moderne. Au final, il est parvenu à faire quelque chose de magique et d'universel sans tomber dans le folklore», estime quant à lui le directeur artistique, Martin Arnaud. Préparant actuellement les cérémonies des Jeux paralympiques avec la société française ECA2, celui-ci reconnaît toutefois que sa scénographie sera plus «visuelle» que celle de son homologue et ami grec. «Pour les Paralympiques, on est forcé de prendre en compte un public qui peut être à la fois mal voyant ou mal entendant, on insiste donc à la fois sur les images et sur les sons, explique-t-il. Dimitris, lui, veut parler à l'âme.»

Avec un budget de 40 millions d'euros (61,6 millions de francs), Dimitris Papaioannou s'est entouré des meilleurs spécialistes du grand spectacle. Gérant la logistique et l'organisation générale, la société américaine Jack Morton est déjà intervenue sur les cérémonies des Paralympiques de Salt Lake City et des Jeux du Commonwealth de Manchester. Côté feux d'artifice, c'est l'entreprise française Groupe F qui a été retenue. A son actif: la clôture des Jeux de Barcelone ou le spectacle pyrotechnique de la tour Eiffel lors du passage à l'an 2000, élaboré de concert avec ECA2. Les deux Français collaboreront d'ailleurs de nouveau pour les Paralympiques.

Mais, d'ici là, reste une question à laquelle personne n'a encore répondu: qui allumera, ce soir, la vasque de la flamme olympique? Deux athlètes grecs participant aux Jeux sont donnés favoris: le triple champion olympique d'haltérophilie Pyrros Dimas et le coureur du 400 mètres, médaille d'or à Sydney, Costas Kenteris. La surprise est toujours là.

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