Après quatre ans d’absence, la chanteuse américaine, sœur cadette de Beyoncé, est revenue à la musique en 2016 avec un disque engagé, affirmant son identité d’Afro-Américaine tout en explorant les musiques noires, la soul, le R’n’B ou le jazz. En tournée européenne, Solange a fait escale à Montreux mardi soir pour présenter son dernier album, A Seat At The Table.

Après une longue attente, huit musiciens, tous sobrement vêtus de rouge, s’installent dans un décor blanc orné d’un large cercle écarlate accroché au centre de la scène. Suivant le même dress code, les cheveux lâchés, Solange les rejoint acclamée par le public de l’Auditorium Stravinski. A l’image de l’album, le concert débute par «Rise», une mélopée dans laquelle la chanteuse appelle à trouver son chemin («Fall in your ways»). D’une voix douce, elle tient un propos puissant sur sa propre histoire et l’affirmation de soi. Elle n’a pas la voix vibrante de Beyoncé, mais contrairement à son aînée elle partage de manière plus intimiste son message, évoquant ses craintes, ses colères ou ses douleurs («Cranes In The Sky», «Mad»).

Chorégraphie bien rodée

A travers «Junie», hommage à l’un des membres du groupe The Ohio Players, elle évoque les années 1970. Ce détour par funk est rendu possible par les lignes de basse imaginées par Raphael Saadiq, producteur de l’album, qui l’a aidé dans ses recherches acoustiques. Les morceaux s’enchaînent, le groupe se déplace souplement sur le sol blanc de la scène, dans une chorégraphie minimaliste et bien rodée. Rien ne semble forcé et les musiciens paraissent prendre plaisir à jouer pour un public réceptif. Exprimant sa joie de jouer à Montreux, la Texane raconte sa volonté de monter sur scène malgré la fatigue, s’inspirant du souvenir de Nina Simone sur la Riviera lémanique.

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Mais c’est en chantant qu’elle s’adresse véritablement au public. Pendant «F.U.B.U» (acronyme de «for us by us», soit «pour nous par nous»), Solange descend à la rencontre des spectateurs. Fixant du regard des jeunes femmes noires, elle leur dit qu’elle a écrit cette chanson pour «pour elles, pour nous». Son titre reprend le nom d’une marque de vêtements afro-américaine créée au début des années nonante.

Elle conclut alors le show par son titre phare, «Don’t Touch My Hair», dans une joyeuse communion aux accents funk et électro. Le public accueille chaleureusement Sampha qui la rejoint pour le refrain. Le chanteur londonien, qui avait ouvert la soirée quelques heures plus tôt, est devenu depuis quelques années un joker de luxe pour des tubes en duo avec Drake ou Kanye West. A Montreux, Solange a montré avec douceur, mais conviction, la voie de sa propre émancipation.