La solitude de l’enfance

Genre: Nouvelles
Qui ? Céline Cerny
Titre: Les Enfants seuls
Chez qui ? Editions d’autre part, 132 p.

Des prénoms, des prénoms d’enfants. Ainsi sont titrées les nouvelles du premier livre de Céline Cerny, Les Enfants seuls. Et c’est une impression diffuse d’étrangeté au monde qui parcourt ces textes et qui signe leur réussite. Que ce soit dans le froid du carrelage d’une cuisine où les petits pieds se posent ou dans le souffle chaud d’un sèche-cheveux brandit par une mère agacée, la solitude des enfants face au monde des adultes, face au monde tout court, se fait entendre comme une mélodie entêtante. Une mélodie que le lecteur reconnaît, à peine assourdie par l’épaisseur du temps.

«Lisa» ouvre le recueil et campe un couple de parents restés enfants. Ils ont deux filles. C’est Lisa qui raconte les ruptures, le divorce et les retrouvailles incessantes. Les enfants sont condamnés à suivre le soap opera parental. En quelques scènes, Lisa résume une enfance aux rôles inversés.

Au fil des nouvelles, on croit reconnaître cette famille de départ. Ou pas. C’est parfois un bébé qui s’adresse à sa mère, seule, débordée, pleine de rêves de fuite. Ce sont des tranches de vie familiale: le cérémonial du bobo à soigner et son rôle dans l’expression d’une tendresse sinon tue; une marche dans le froid; l’ennui du dimanche après-midi; ce sentiment de tristesse qui s’évapore en courant dans le soleil. Et cette euphorie qui surgit, presque trop forte: «Et dans ma solitude pleine, ma première indépendance, j’étais l’enfant choisi et porté par les dieux.»