nanar

«Solo: A Star Wars Story» se plante au fond du trou noir

Que faisait le charismatique vaurien des étoiles avant de rencontrer la princesse Leia? On s’en fiche, mais Disney veut absolument qu’on le sache. Cette embardée dans le néant interstellaire s’avère calamiteuse

En 2012, Disney acquiert Lucasfilm pour la modique somme de 4 milliards de dollars. Il entend rentabiliser au maximum son investissement. En 2015, la Mickey Inc. relance la franchise Star Wars avec une troisième trilogie. Une quatrième et plus sont annoncées. Entre chaque épisode de la série mère se glisse un chapitre interstitiel, une «Star Wars Story» développant un détail ou un personnage de la saga galactique. Après un Rogue One assez quelconque, voici l’effroyable Solo: A Star Wars Story, consacré au légendaire pilote du Faucon Millenium.

Luke Skywalker et la princesse Leia sont des archétypes, mais Han Solo un personnage. Sans doute parce que Harrison Ford était, en 1977, le seul vrai comédien de la bande, doté par ailleurs d’un charisme irrésistible. Il est donc rigoureusement impossible de croire que le vaurien des étoiles ait eu dans sa jeunesse le physique d’Alden Ehrenreich, roquet fébrile, taurillon agité qui tord sa petite gueule d’ange pour essayer d’imiter le sourire en coin du voyou de charme. Ford avait la cool attitude des seventies, tendance Steve McQueen; Ehrenreich est un vanneur à la Kev Adams.

Un billet de Cannes 2018: De «Solo: A Star Wars Story» au Chinois Bi Gan: soudain, le relief

L’action du film se déroule entre La revanche des Sith et Un nouvel espoir. Han fait le voyou sur Corellia, sinistre planète industrielle. Il a maille à partir avec les sbires de Lady Proxyma (une scolopendre géante à tête d’alien). Une bagarre et une haletante poursuite motorisée occupent les dix premières minutes du film, sans empêcher le spectateur d’observer la grande laideur des images baignant dans une brume charbonneuse.

Molosses crapoïdes

Ce spin-off a connu quelques avanies. Les coréalisateurs, Phil Lord et Chris Miller (21 Jump Street, La grande aventure Lego), ont été virés parce qu’ils tendaient à tirer l’action du côté de la comédie. Le vétéran Ron Howard (Splash, Cocoon, Apollo 13, Da Vinci Code…) les a remplacés. Il s’acquitte de son mandat avec application mais sans inspiration.

Le scénario compile platement toutes les recettes du roman d’apprentissage populaire. La réalisation abuse sans vergogne d’une imagerie de synthèse souvent grossière – les molosses crapoïdes poursuivant Han sont indistincts, comme inachevés. Le montage épileptique s’avère épuisant, et les comédiens médiocres – à l’exception de Woody Harrelson, qui réussit à allier humour et mélancolie. Et une partition musicale épouvantable rajoute du bruit symphonique fortissimo aux rugissements des tuyères et aux explosions diverses.

En novembre 2017: Disney annonce une nouvelle trilogie de «Star Wars»

Pieuvre vorace

Ayant fui sa planète natale, Han part à la guerre (des tranchées). Puis intègre une bande de malfrats pour voler une cargaison de coaxium, le fameux carburant ultraluminique, à bord d’un train blindé (séquence Snowpiercer). Ayant échoué, le gang part piller une mine de carburant, flanqué de Qi’ra (Emilia «Daenerys» Clarke), la fiancée perdue et retrouvée, une fameuse traîtresse… Une enfilade de forfaitures tente en vain d’aiguiller l’intérêt.

Le cahier des charges comportait deux clauses: raconter la rencontre avec Chewbacca et l’acquisition du Faucon Millenium. Ces deux scènes fondatrices sont minables. Jeté dans une oubliette pleine de boue pour servir de snack au Wookie, Han réussit à l’amadouer et lui propose une ruse brevetée par Bibi Fricotin dans les années 1920: simuler une bagarre pour tromper les gardes et s’évader. Quant au vaisseau spatial, propriété du flambeur Lando Calrissian, il est bêtement à la fourrière.

Le problème des Star Wars Stories est de vouloir répondre à des questions que personne ne se pose, d’illustrer des événements référentiels qui perdent tout intérêt dès qu’ils sont mis en images. Ainsi, le fameux argument «c’est le vaisseau qui a fait la course de Kessel en 12 parsecs» que Han Solo sort pour vanter son astronef dans Un nouvel espoir (1977) se traduit à l’écran par de monstrueuses éclaboussures de couleurs synthétiques, intégrant une pieuvre vorace, et des déflagrations d’hyperespace courbé. Une épreuve sensorielle insoutenable. Ainsi meurent les mythologies du cosmos…

Notre critique du précédent opus:  «Star Wars: Les Derniers Jedi»: comme un coup de mou dans la Force


Solo: A Star Wars Story, de Ron Howard (Etats-Unis, 2018), avec Alden Ehrenreich, Joonas Suotamo, Woody Harrelson, Emilia Clarke, Donald Glover, 2h15.

Publicité