Les parades culturelles au covid ne se déclinent que sur écran. On a fini par se résoudre à la virtualité, plutôt que d’endurer la famine artistique. Cette solution, que tous espèrent la plus transitoire possible, porte en elle un élan, une force de résilience et un espoir qui offrent une satisfaction: pouvoir savourer des concerts exclusifs à domicile.

Cela n’est pas négligeable. Car les diffusions procurent le sentiment de pouvoir voyager sans avoir à bouger, quels que soient les aléas de la météo hivernale ou les risques de la pandémie. Et se dire que certains artistes peuvent continuer à s'exprimer grâce à ce stratagème donne l'impression d'une solidarité partagée. Le public et les musiciens se résignent, et les organisateurs résistent.

Un crève-cœur

Renaud Capuçon, lui aussi, n’a pas renoncé à la programmation de ses Sommets musicaux de Gstaad. Comme nombre de ses collègues, il propose une version en ligne de son rendez-vous festivalier. Cinq concerts diffusés, sur les dix-huit en live annoncés initialement, c‘est bien sûr un crève-cœur. Mais le violoniste n’est pas de ceux qui se laissent décourager.

«Nous ne pouvons pas baisser les bras», déclare-t-il. «Pour le moment, la captation est la seule façon de continuer à exister, à soutenir les artistes et à garder le contact avec le public et tous ceux qui nous soutiennent. Nous nous adaptons comme nous pouvons, mais nous devons conserver coûte que coûte une présence, en fonction des contingences qui changent constamment.»

Très privilégiés

«Nous sommes très privilégiés par rapport aux indépendants qui n’ont pas de moyen de survie. Notre devoir est de réagir avec nos possibilités, et grâce à l’aide que nous offrent nos partenaires.»

Au final donc, cinq rendez-vous ont été repensés avec la collaboration de la RTS, de Medici TV et de Mezzo, qui coproduisent les diffusions. Ces chaînes ont une grande habitude de filmer la musique classique en direct. «La condition sine qua non était que la qualité de captation soit optimale avec une excellence garantie tant au niveau du son que de l’image.»

Les fidèles ont répondu présent

Après moult remaniements, au fil des annonces de restrictions sanitaires, les choix définitifs ont été faits. «Il a fallu annuler la venue des orchestres [Mariisnki de Saint-Pétersbourg, Camerata Salzbourg, Europa Galante, ndlr], et concevoir des programmes à moins de cinq personnes dans l’église, ce qui réduisait considérablement les possibilités…»

Renaud Capuçon a donc repris son bâton de pèlerin et contacté ses fidèles amis musiciens. Martha Argerich viendra accompagner le directeur-violoniste en ouverture de festival, et reviendra le lendemain en compagnie de son compatriote et collègue de clavier Nelson Goerner. Le pianiste français Michel Dalberto donnera de son côté un récital Schubert.

Huis clos illimité

Avec les seniors qui ont répondu présent à l’appel, de jeunes talents ont rejoint le navire. Le pianiste Jean-Paul Gasparian (Prix Schertz 2020) et Kim Bomsori au violon se produiront en duo. Le final rassemblera, dans le Trio pour piano op.50 de Tchaïkovski, Victor Julien-Laferrière au violoncelle et le pianiste Alexandre Kantorow, lauréat du Concours Tchaïkovski 2019 et Victoire de la musique 2020 pour son enregistrement du 5e Concerto dit «l’Egyptien» de Saint-Saëns. Quant à Renaud Capuçon, il reviendra tenir la partie de violon sur son Guarneri del Gesù «Panette» de 1737 pour clôturer, avec les jeunes qu’il défend, cette édition à huis clos visible gratuitement par un nombre illimité de mélomanes.


Sommets musicaux de Gstaad, du 2 au 6 février. Diffusion en direct de l’Eglise de Gstaad à 19h30, puis en différé, sur www.sommets-musicaux.com.