Caryl Férey est un caméléon. Doublé d’une éponge. Un spécimen qui s’imprègne si bien de l’histoire et de la géographie, de la culture et des gens, des paysages et des tragédies des pays qu’il évoque qu’on a le sentiment qu’il y a toujours vécu. Il est vrai que chez ce Français, né en 1967 à Caen, le voyage et l’écriture sont intimement liés. Solidaire des opprimés, assoiffé de rencontres vraies, l’auteur se rend ainsi toujours sur place avant d’écrire. Il effectue ensuite un long travail de documentation, puis de vérification. Un souci de précision qui n’empêche pas la fiction de conserver tous ses droits, et la langue sa richesse.

Ville fermée

Après l’Afrique du Sud (Zulu) et la Colombie (Paz), c’est en Sibérie que Caryl Férey situe son dernier thriller, Lëd («glace», en russe). L’intrigue se passe à Norilsk, la ville de plus de 100 000 habitants la plus septentrionale du monde, et l’une des plus polluées. Créé parallèlement au goulag Norrilag, ce conglomérat minier a bénéficié jusque dans les années 1950 du travail forcé de centaines de milliers de prisonniers. Beaucoup y sont morts. Après l’effondrement de l’URSS, le vieux combinat est devenu l’entreprise Norilsk Nickel, premier producteur mondial de nickel et de palladium. La cité possède cependant toujours le statut de ville fermée, son accès reste strictement réglementé.