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Sonisphere, la démesure du metal à Yverdon

Le festival européen itinérant fait escale pour la première fois en Suisse romande. Plus de 30 000 spectateurs sont attendus pour une affiche de nabab: Metallica, Slayer et Motörhead

C’est une alerte que les organisateurs répètent depuis quelque temps déjà: aujourd’hui, il ne fera pas bon se rendre à Yverdon-les-Bains par ses propres moyens. L’emprunt des transports publics est à privilégier à tout prix. Annonce de routine? On pourrait le croire. Dans les faits, l’événement que s’apprête à accueillir la ville du nord vaudois provoque des sueurs froides auprès de tous ceux qui s’emploient à son bon déroulement. Sonisphere, festival européen itinérant, débarque pour la première fois en Suisse romande et il amène avec lui des groupes qu’aucun fan d’heavy metal n’ignore. La liste des invités est courte (six formations) mais royale. Elle compte surtout sur trois noms qui ont fait l’histoire de ce genre rugissant, soit Metallica, Slayer et Motörhead.

Les affiliés, très nombreux, à cette chapelle musicale, vous diront qu’ils ont gagné au loto: trois grosses prises en une seule soirée, cela ne se répétera pas de sitôt. Et à en croire les chiffres des prélocations, le menu fait son effet. La barre fatidique des 30 000 spectateurs, au-delà de laquelle les organisateurs espèrent atteindre la rentabilité, a été franchie ces jours-ci. D’autres milliers pourraient se déverser sur la grande esplanade du Parc des Rives du Lac à la dernière minute et grossir ainsi ce qui est d’ores et déjà le plus gros événement musical open air qu’ait connu la Suisse romande.

Le record étonnera les profanes. Mais il y a un nom pour expliquer tout l’engouement qui accompagne Sonisphere: Metallica. Cette entité qui déchaîne les désirs, ce groupe qui a fait fantasmer pendant trois décennies les promoteurs de l’industrie du live d’ici, pose enfin ses valises en territoire romand. Le Paléo Festival en a rêvé, d’autres y ont songé en bricolant des scénarios frôlant la science-fiction, mais à chaque fois, le frein du cachet a ramené tout le monde à la dure réalité. Metallica coûte cher, trop cher: plus de 1 million de dollars par concert. Ce qui le place depuis deux décennies au moins dans le cercle des dix groupes les plus onéreux. A ce prix, il aurait fallu gonfler à l’invraisemblable les prix des billets pour amortir tous les frais. Personne n’a osé prendre ce risque.

Sonisphere a franchi le pas en 2009 déjà, en programmant le mastodonte – avec d’autres références du metal – dans la campagne Saint-Galloise. Il réédite le coup aujourd’hui, protégé par une structure insolite. A Yverdon, comme ailleurs où il pose ses tubulaires (France, Espagne, Finlande, Suède…), le festival itinérant mutualise les coûts et les risques en sollicitant plusieurs acteurs. L’étape suisse (la troisième depuis 2009) repose ainsi sur trois piliers placés à égalité: le grand organisateur d’événements alémanique Good News, son homologue romand Opus One et le promoteur historique de Metallica en Suisse, Star Clic. «On fait une sorte de pot commun, confirme Vincent Sager, directeur d’Opus One. Chacun est chargé d’un aspect spécifique du concert mais nous partageons à égales mesures les frais et les revenus.»

Le budget du festin est un demi-secret: «Il se situe dans une fourchette de 3 à 5 millions de francs», concède Vincent Sager. Ce qui, pour une journée, une seule de musique, est beaucoup. Le Paléo, avec ses six soirées et ses 16 artistes en moyenne par jour, atteint, lui, 20 millions de francs. «Il est clair que nous avons pris des risques, avance Stefan Matthey, fondateur de Star Clic. Mais nous avons été raisonnables. Contrairement aux éditions précédentes, le festival se déroule sur un soir seulement, dans une région où il n’y a pas d’autres événements concurrents.»

Sonisphere est éphémère, donc, mais les casse-tête sont là depuis un certain temps déjà. A la ville d’Yverdon, un comité de pilotage se penche sur les aspects critiques, grands et petits, qu’il faut résoudre à tout prix. Il a fallu, tour à tour organiser la viabilité et les accès à un site qui n’a jamais accueilli de concerts, mais aussi établir la sécurité dans les abords du périmètre et dans la ville. A l’intérieur du site, une logistique imposante s’est emparée de l’esplanade. «Nous avons loué la grande scène en Allemagne, détaille Vincent Sager. D’autres défis nous ont beaucoup mobilisés: fixer des centaines de mètres de barrières autour du site, apporter l’électricité, soigner les signalisations. Nous avons engagé en outre 250 personnes pour la sécurité, 70 soignants et des dizaines de personnes pour la technique. Au total, plus de 1000 personnes seront mobilisées pour l’événement.»

Des moyens de grand festival pour des cartouches tirées en successions rapides: l’anomalie Sonisphere est là. Dans une démesure un brin ostentatoire et toujours fugitive. Celle qui, au fond, a marqué l’essentiel de l’histoire du heavy metal. Les fans trouveront là leurs marques.

Sonisphere, Parc des Rives du Lac, Yverdon. Aujourd’hui, dès 15h45. Rens. http://sz.sonisphere.eu

Les affiliés, très nombreux, à cette chapelle musicale vous diront qu’ils ont gagné au loto

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