Ils ont voté. Les quelque 700 élèves du secondaire participant cette année à la deuxième édition du «Roman des Romands» ont opté pour Sonny, de Philippe Testa, road-movie solitaire à travers les Etats-Unis. «Je suis très content et très touché, d’autant que les adolescents ne sont pas prisonniers d’idéaux ou de rapports de pouvoir. Ils ont des goûts et les assument, note l’auteur, également enseignant. Au-delà du résultat, les échanges avec ces jeunes ont été très enrichissants; ils ont perçu le livre comme beaucoup plus sombre et critique que je ne le pensais moi-même.»

Une œuvre polémique

Onze ouvrages étaient en lice. Mardi après-midi, les 32 délégués des classes participantes ont départagé le trio de finalistes: L’Etang de Mathilde Fontanet, Alypios d’Alexandre Glikine et Sonny. «C’était un tiercé très équilibré, représentant trois facettes de l’adolescence, commente Fabienne Althaus-Humerose, présidente du comité d’organisation. Sonny (Editions Navarino) est une œuvre violente et polémique, qui résonne avec les crises que peuvent traverser les jeunes. L’Etang met en valeur des gens simples et modestes; plein d’adolescents doivent se sentir comme cela, transparents, ni beaux ni brillants. Alypios, enfin, évoque l’homosexualité sans scandale, montrant que l’on peut aimer quelqu’un en dépit de son sexe. Cela a touché les élèves.»

Les différents titres ont été proposés par un groupe de lecture de dix personnes – écrivains, journalistes, libraires, bibliothécaires – après qu’ils ont lu la production suisse de l’année. L’étude des romans, au premier trimestre de l’année scolaire, a été ponctuée de débats et de rencontres avec les auteurs. Objectif: promouvoir la littérature contemporaine. «Au niveau d’une maturité, rares sont les ouvrages étudiés qui dépassent les années 1980. Personne n’ose faire disparaître Baudelaire ou Racine pour mettre Thomas Sandoz, analyse Fabienne Althaus-Humerose. Avec ce projet, élèves et professeurs prennent trois mois pour mettre le nez dans une production locale et contemporaine.» L’idée semble efficace, puisque des romans sélectionnés lors de l’édition 2009 – 16 classes avaient alors participé – ont été mis au programme de certaines écoles cette année.

Le prix, doté de 15 000 francs, sera remis vendredi au cinéma Capitole, à Lausanne. Il est soutenu par les Fondations Jan Michalski et Sandoz, la Ville de Lausanne et le canton de Genève. «C’est la première fois que je gagne de l’argent avec l’écriture!» se réjouit encore Philippe Testa.