En début de semaine, Hervé Le Tellier s’est vu décerner le Prix Goncourt pour L’Anomalie. Mais pas de surprise, aucune anomalie, il était le grand favori. Plus surprenant fut le couronnement il y a quarante-cinq ans d’Emile Ajar, récompensé pour La Vie devant soi, son deuxième roman. Car Emile Ajar, mais personne ne le savait alors, c’était Romain Gary. Et celui-ci avait déjà raflé le Goncourt 1956 – une récompense qu’un auteur ou une autrice ne peut obtenir qu’une seule fois – pour Les Racines du ciel. La mystification ne sera révélée par Gary qu’après son suicide, en 1980.

La Vie devant soi narre l’improbable amitié qui unit Madame Rosa et le jeune Mohamed, dit Momo. Rescapée d’Auschwitz, la première est une ancienne prostituée élevant et gardant les enfants de ses anciennes collègues; le second est un jeune préado livré à lui-même. Madame Rosa est sa seule attache, son unique figure parentale. En 1977, deux ans après la publication du livre, le réalisateur israélien Moshé Mizrahi l’adaptait, avec Simone Signoret dans le rôle de cette femme vieillissante trouvant en Momo un allié, un confident. Sa performance lui vaudra le César de la meilleure actrice.