Exposition

Sophie Calle, une artiste à l’écoute

En privilégiant des pièces construites à partir de témoignages, l’exposition thounoise «Regard incertain», qui fait suite à «Un certain regard» cet été à Winterthour, prend le parti de présenter une artiste centrée sur les autres. Rencontre

Du travail de Sophie Calle, qui est peut-être l’artiste française la plus célèbre et la plus populaire, on connaît surtout les projets dont elle constitue le pivot central. Il y a Suite vénitienne (1980), rapport textuel et photographique de la filature par l’artiste, dans Venise, d’un homme rencontré au hasard d’une rue parisienne. Dans cette œuvre conceptuelle, également publiée sous la forme d’un livre, on retrouve les menus détails de ses déplacements, mais on traverse également les tourbillons émotionnels générés par l’expérience. Il y a aussi No Sex Last Night (1996), étrange road-movie à quatre mains retraçant la longue pérégrination de l’artiste aux Etats-Unis, en compagnie d’un Greg Shepard se refusant sexuellement à elle. Et Calle de faire chaque matin ce constat: pas de sexe cette nuit.

Il y a aussi Prenez soin de vous, l’exposition présentée au pavillon français à Venise en 2007, qui prenait pour point de départ l’expérience d’une rupture amoureuse. Plus exactement la lettre de rupture, sorte de preuve à conviction confiée à 107 femmes (psychanalyste, chanteuse, médiatrice familiale, etc.) pour analyse et interprétation. Et bien sûr la terrible et troublante vidéo Pas pu saisir la mort, qui capture les derniers instants de sa mère, montrée simultanément à l’Exposition internationale.